Nanterre-Amandiers

Site officiel de Nanterre-Amandiers. Haut lieu de la création théâtrale, Nanterre-Amandiers, situé à la périphérie de Paris, est l’un des plus importants Centre Dramatique National (CDN) de France. Ses salles de spectacles et de répétitions en font un véritable centre de fabrication de théâtre classique et contemporain. Successivement dirigé par de célèbres metteurs en scène dont Pierre Debauche, Patrice Chéreau, Jean-Pierre Vincent et Jean-Louis Martinelli, le rayonnement artistique du théâtre est d’envergure internationale. Depuis le 1er janvier 2014, Philippe Quesne et Nathalie Vimeux sont nommés à la direction du Théâtre.

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Actualités

Saison 2014-2015

L’Avant-programme est désormais disponible au téléchargement.

Télécharger l’Avant-programme 2014-2015

 

Rendez-vous à Nanterre-Amandiers le 22 septembre 2014 à partir de 19h pour la présentation de saison.

Renseignements et réservations 01 46 14 70 00

Soutien aux intermittents – 16 juin 2014

Nanterre-Amandiers emploie chaque année des techniciens intermittents du spectacle en renfort de l’équipe permanente, des artistes intermittents pour produire les spectacles que nous vous présentons, accueille en résidence des artistes intermittents du spectacle.

 

L’intermittence n’est ni un métier, ni un statut privilégié : c’est un outil permettant à des métiers du spectacle d’exister.

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Nanterre-Amandiers

C’est en réfléchissant à d’autres manières d’être ensemble et de s’inscrire dans un mouvement commun, que nous avons imaginé ce nouveau chapitre de l’histoire qui vous est racontée depuis plus de quarante ans à Nanterre-Amandiers.

 

Nous désirons partager avec vous les visions stimulantes, nécessaires et audacieuses des artistes de notre époque. Sphère intime, engagement politique, prise de conscience écologique, mélancolie urbaine : les auteurs, metteurs en scène ou chorégraphes d’aujourd’hui, nous tendent de nouveaux miroirs, mêlent les disciplines, les inspirations et les points de vue sur notre monde contemporain.

 

Certains mettent en scène les peurs, les menaces qui pèsent sur nos sociétés et dont nous sommes à la fois les auteurs et les victimes (dérives économiques et politiques de nos sociétés de consommation, guerres, crise environnementale) ; d’autres inventent et écrivent des spectacles qui questionnent nos désirs, notre liberté ou nos aspirations.

 

Ce sont ces artistes et ces compagnies que nous souhaitons vous faire rencontrer dans notre première saison, pour livrer leurs visions poétiques et politiques d’un présent en mutation, être ensemble face au repli, à l’incertitude, aux crispations identitaires, et partager la découverte de fictions réjouissantes.

 

Tous, avec leurs univers et leurs singularités, inventent et composent un nouveau répertoire. Ils participeront à faire de Nanterre-Amandiers un lieu de création aux croisements entre les arts, productif d’échanges, de sens et de rencontres esthétiques.

 

Nous souhaitons poursuivre l’ouverture du théâtre au monde, proche et lointain, et faire voyager nos productions au-delà des frontières dans un dialogue fécond et enrichissant.

De nombreux spectacles porteront sur scène des communautés et des groupes de citoyens dans le désir des créateurs de trouver par la parole, le mouvement, le chant, une façon de réinvestir le théâtre comme une agora.

La jeunesse, porteuse de renouveau et gage d’avenir partira à la conquête du théâtre. Nous comptons sur les enfants, qui seront nombreux sur scène, sur leur présence poétique au monde, pour réveiller nos utopies.

 

Notre souhait de développer des liens fertiles avec tous les partenaires partageant notre désir d’ouverture et nos complicités artistiques, se manifeste notamment cette saison par une collaboration avec le Festival d’Automne pour deux spectacles de la rentrée, et nous vous proposons, avec la Maison de la musique de Nanterre, trois soirées composées de deux spectacles.

 

Nous sommes particulièrement attentifs à la venue des jeunes spectateurs en ouvrant grand le théâtre à des propositions artistiques conçues pour eux et leur famille – grâce notamment à une belle complicité avec notre partenaire de la Saison jeune public de Nanterre – ou qui leur sont accessibles. Et nous avons créé des tarifs attractifs pour toutes les jeunesses.

 

Vous trouverez ci-dessous les principaux spectacles de la saison. Ceux-ci seront accompagnés de débats, de rencontres, d’ateliers, de films, de performances, d’installations plastiques, que vous retrouverez dans notre programme détaillé de la rentrée. Et nous vous convions, avec toute l’équipe du théâtre, à venir fêter l’ouverture de cette nouvelle saison qui vous sera présentée dans la soirée du 22 septembre.

 

Une nouvelle aventure commence ! Celle d’un centre d’art pour le théâtre, que nous voulons inventer avec les artistes et le public et dans lequel nous sommes impatients de vous accueillir.

 

Philippe Quesne et Nathalie Vimeux

Directeurs

La Mouette
Frédéric Bélier-Garcia / Anton Tchekhov
Du 26 septembre au 12 octobre 2014
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Relâche le lundi
Durée 2h30 – Grande salle
De Anton Tchekhov
Mise en scène Frédéric Bélier-Garcia

Scénographie Sophie Perez et Xavier Boussiron
Lumière Roberto Venturi
Son André Serré
Costumes Catherine Leterrier et Sarah Leterrier
Créateur coiffures Frédéric Souquet
Collaboratrice artistique Valérie Nègre

Avec
Eric Berger
Magne-Hăvard Brekke
Nicole Garcia
Jan Hammenecker
Michel Hermon
Ophélia Kolb
Manuel Le Lièvre
Agnès Pontier
Stéphane Roger
Brigitte Roüan


« Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse ? » Une mélodie doucereuse hante La Mouette, un air furieux et mélancolique qui ne cesserait de nous rappeler à nos désirs de jeunesse, ces promesses non-tenues que nous nous étions faites jadis à nous-mêmes : un amour, une ambition, une chimère. Pour cette mise en scène de la pièce de Tchekhov, écrite en 1895, Frédéric Bélier-Garcia opte pour la traduction d’Antoine Vitez. Une façon de renouer avec la trame shakespearienne de Hamlet, avec laquelle dialogue le texte de Tchekhov. Les paroles que s’échangent la jeune Nina, qui rêve d’être actrice, et Treplev, jeune poète incompris, résonnent comme celles d’Ophélia et d’Hamlet. En contrepoint, se profile la ligne cynique de l’écrivain célèbre qu’est Trigorine et de la vanité cruelle de la grande actrice Arkadina, mère de Treplev, interprétée par Nicole Garcia. Et la sensibilité simple et touchante de la jeune domestique Macha, amoureuse éperdue. Déchirés entre l’inertie et leurs désirs, les personnages de Tchekhov racontent cette grande bataille qu’est la vie, une vie à la fois pesante et légère, étouffante et aérienne. Pris dans un grand décor de théâtre, les comédiens dirigés par Frédéric Bélier-Garcia évoluent dans une scénographie baroque et fantasque, signée Sophie Perez, surchargée de marqueterie, de bustes, de lampes, de canapés, d’imprimés. De cette rencontre entre un espace incongru et opulent, et la modestie du texte de Tchekhov, naît un dépaysement troublant, susceptible de mettre nos rêves en état d’éveil.
Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer
Vincent Macaigne
Du 4 au 14 novembre 2014
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Tous les jours à 19h30, sauf dimanche à 14h30 (attention changement 15h30)
Relâche les 10 et 11 novembre
Durée 3h30 avec entracte – Grande salle
Ecriture, mise en scène, conception visuelle et scénographique Vincent Macaigne
D’après L’Idiot de Fiodor Dostoïevski

Décor Julien Peissel
Lumière Kélig Le Bars
Vidéo Thomas Rathier
Construction du décor Ateliers Théâtre Vidy-Lausanne
Assistant à la mise en scène Dan Artus

Avec
Dan Artus
Servane Ducorps
Thibault Lacroix
Pauline Lorillard
Emmanuel Matte
Rodolphe Poulain
Thomas Rathier
Pascal Reneric


« Un rapport idiot au monde est-il possible aujourd’hui ? » se demande Vincent Macaigne. Six ans après la création, le comédien et metteur en scène a eu envie de reprendre en la recréant sa libre interprétation du roman de Dostoïevski. « Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer » est un spectacle monstre, extrême, qui parle de démesure, d’espoir, de persévérance. Le Prince Mychkine, l’idiot, est naïf et bon et défend un idéal qui le conduira à sa perte. Le monde dans lequel il évolue pourrait ressembler au nôtre : une société aristocratique, violente et cynique, déboussolée par les changements idéologiques qu’elle ne comprend pas et qui utilise le divertissement pour éviter de se confronter au réel. Puisant dans le livre comme dans une matière désacralisée, Vincent Macaigne a écrit avec ses mots un texte nourri de la rage de Dostoïevski qu’il confronte à des images picturales et photographiques crues et noires de Rembrandt, Bacon ou Depardon. Dans le roman, les personnages crient, hurlent leur colère au lieu de parler. Dans le spectacle, les yeux et les oreilles des spectateurs sont saturés de sang et de musique pour mieux faire entendre le silence qui suit et faire émerger la beauté : « il doit bien y avoir un peu de poésie dans tout ce sordide » dit l’une des protagonistes. Pour Vincent Macaigne, le spectacle résonne aujourd’hui, dans un contexte de crise, comme un manifeste générationnel : comment la jeunesse d’aujourd’hui regarde-t-elle l’avenir ?
Next Day
Philippe Quesne
Du 7 novembre au 14 décembre 2014
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Du 7 au 9 novembre 2014 :
Vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 15h

Du 5 au 7 décembre 2014 :
Vendredi et samedi à 19h30, dimanche à 15h

Du 12 au 14 décembre 2014 :
Vendredi à 19h30, samedi à 18h30, dimanche à 15h

Durée 1h15 – Salle transformable
Conception et mise en scène Philippe Quesne

Collaborations artistiques et techniques Pol Heyvaert, Léo Gobin, Philippe Digneffe, Bart Huybrechts, Phéline Thierens

Avec
Marthe Bollaert, Tijl De Bleecker, Mona De Broe, Sven Delbaer, Fons Dhaenens, Lisa Gythiel, Lars Nevejans, Flo Pauwels, Sien Tillmans, Camiel Vanden Eynde, Lizzi Van de Vyver, Ona-Lisa Van Haver & Jaco Win Mei Van Robays

Comme tous les spectacles de Philippe Quesne, Next Day réunit sur scène une petite communauté d’artistes, un groupe d’êtres vivants tels qu’en eux-mêmes scrutés au microscope par un entomologiste. En proposant à l’auteur de La Mélancolie des dragons et de Swamp Club de travailler avec des enfants ou des préadolescents, le centre d’art flamand Campo lui ouvre un nouvel âge des possibles et poursuit une collection qui compte déjà des pièces d’Alain Platel, Tim Etchells et Gob Squad. Les treize interprètes de Next Day ont entre sept et onze ans, une période passionnante à observer parce que transitoire, délicate et mouvante : le temps des métamorphoses, de la cohabitation entre l’insouciance de l’enfance et les questionnements adolescents, avant le grand basculement. Ils pratiquent tous la musique, ils ont été choisis lors d’un workshop d’où ont émergé à la fois des personnalités marquées et un collectif. Et si on formait une école de super-héros pour sauver la planète ? Comment envisagerait-on l’avenir, les problèmes politiques, écologiques, sociaux ? Un monde sans adulte, quand on est enfant, est une utopie. Il peut aussi sembler curieusement vide, triste ou même effrayant si on songe à la terrible nouvelle de Ballard, Sauvagerie. Mais l’enfance est surtout le temps de la joyeuse indiscipline, de la créativité, du jeu et de l’émerveillement : en cela Next Day rejoint le travail que mène depuis dix ans Philippe Quesne avec sa compagnie, Vivarium Studio.
Requiemachine
Marta Górnicka
Du 22 au 30 novembre 2014
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Relâche le lundi
Durée 50 minutes – Salle transformable

En polonais surtitré
Mise en scène Marta Górnicka
D’après l’œuvre de Władysław Broniewski

Conception, livret, mise en scène Marta Górnicka
Livret d’après les poèmes de Władysław Broniewski
Partition IEN
Chorégraphie Anna Godowska
Conseillère littéraire Agata Adamiecka
Scénographie Robert Rumas
Costumes Arek Slesinski

Avec
Antoni Beksiak, Justyna Chaberek, Maciej Duzynski, Michał Głowacki, Bartosz Gredysa, Anna Jagłowska, Borys Jaznicki, Ewa Konstanciak, Adam Konowalski, Wiesław Kowalski, Zbigniew Kowalski, Grzegorz Kuraszkiewicz, Piotr Antoni Kurjata, Janusz Lesniewski, Maciej Łagodzinski, Kamila Michalska, Grzegorz Milczarczyk, Jakub Mróz, Magda Roma Przybylska, Anna Raczkowska, Dominika Stefanska, Kaja Stepkowska, Dawid Wawryka, Anna Wodzynska, Łukasz Wójcicki, Marcin Zarzeczny

Requiemachine s’inscrit dans la continuité du travail de la polonaise Marta Górnicka sur le chœur tragique contemporain. Chanteuse et metteuse en scène, elle a créé en 2009 un collectif de femmes pour questionner les normes culturelles, économiques, sociales et religieuses auxquelles est soumis l’être humain. Après This Is The Chorus Speaking et Magnificat, Requiemachine rassemble des interprètes des deux sexes pour s’attaquer au système capitaliste, aux rapports de forces à l’œuvre dans nos sociétés. C’est un appel à la révolte de l’homme machine, pris en étau entre l’obligation de produire toujours plus et la peur tenace du chômage. La vingtaine d’hommes et femmes au regard pénétrant, pieds nus, vêtus de couleurs sombres, manifeste sa rage et sa détermination par des gestes précis et saccadés et lutte ensemble pour le droit à la parole. Le livret est composé de poèmes prolétariens de Wladyslaw Broniewski (1897-1962) auteur très connu des polonais pour son engagement patriotique et social, associé parfois à des accents lyriques quand il évoque la mort de sa fille. Marta Górnicka a retenu l’aspect robotique de la langue de Broniewski, qu’elle a mélangée avec des slogans publicitaires, des textes philosophiques et le râle d’un larynx malade dans un geste de théâtre total qu’elle qualifie de « post-opéra où s’emboîtent les engrenages des machines de l’histoire, de la langue et du travail, tournant à toute vitesse dans des directions différentes ».
Partituur
Ivana Müller
Du 22 au 30 novembre 2014
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Représentations tout public mercredi à 15h30, samedi à 15h30 + 17h30
Représentations Allons z’enfants dimanche à 15h30
Durée 30 minutes – SAS planétarium
Conception, chorégraphie et texte Ivana Müller

En collaboration avec Jefta van Dinther et Sarah van Lamsweerde
Coordinatrice artistique Albane Aubry
Création son Martin Kaffarnik
Costume du monstre Liza Witte
Voix version française Anne Lenglet, Ivana Müller et Olivier Normand

« Imagine que Partituur est un pays ». Pour ce projet à destination du jeune public, Ivana Müller crée un jeu chorégraphique interactif auquel une vingtaine d’enfants et quelques adultes sont invités. Munis chacun d’un casque audio, les participants sont guidés par une partition sonore et narrative qui laisse libre cours à leur invention, les amène à prendre des décisions et à jouer une partie qui sera ainsi unique et inédite. Comme dans n’importe quel jeu, il y a des règles et des consignes, que l’on peut suivre, ignorer ou enfreindre. Comme dans n’importe quel jeu, on peut devenir quelqu’un d’autre, rêver son avenir, imaginer un décor, être une princesse, un détective, un groupe de rock, aller sur la lune, rencontrer des monstres, gouverner un pays imaginaire. Les histoires s’entremêlent. Il y a des rebondissements. Et des moments plus calmes. Parfois, le groupe se divise en deux équipes. D’autres fois, les adultes sont exclus du jeu. Partituur signifie « partition ». Ce spectacle abrite ainsi un langage invisible, musical, mathématique, chorégraphique et théâtral, une trame qui donne forme et caractère à un mouvement qui peut alors être vivant et spontané. Ludique et joyeux, Partituur arpente les territoires connus ou inexplorés de l’imagination et forme une chorégraphie sociale, où les mouvements dans l’espace tracent des lignes utopiques, dessinent des valeurs et anticipent une géographie du futur. Comme un jeu intime et collectif, qui peindrait de manière subjective les couleurs d’une société à venir.
Du futur faisons table rase
Théo Mercier
Les 5 et 6 décembre 2014
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À 21h30
Durée 1h30 – Grande salle
Conception Théo Mercier

Bande son Laurent Durupt
Texte Pauline Jambet, Thomas de Visme
Régie générale Jean-Baptiste Bellon
Lumières Florent Jacob

Avec
Pauline Jambet
Marlène Saldana
Jonathan Drillet
François Chaignaud

et le groupe Sexy Sushi

Lors de sa résidence à la Villa Médicis à Rome, Théo Mercier a peint à la main des slogans ironiques sur d’immenses banderoles en coton, et réagit ainsi à la ville éternelle et sa mélancolie : « Hier ne meurt jamais », « I believe in Yesterday », « C’était mieux avant ». Toutes ces formules forment la toile de fond de Du Futur faisons table rase, véritable revue théâtrale qui prend le contre-pied d’une nostalgie conservatrice et passéiste en appelant, une fois n’est pas coutume, à la révolte contre le futur. Pour cette entreprise joyeuse et radicale, Théo Mercier a convié d’autres artistes, le groupe Sexy Sushi, François Chaignaud, Marlène Saldana & Jonathan Drillet, Pauline Jambet. Se composant comme une frise historique farcesque, qu’on lirait de gauche à droite, Du Futur faisons table rase est un grand détournement de l’Histoire, qui n’hésite pas à jouer d’anachronismes, de calembours historiques, de sauts de puces dans le passé et de grands bonds dans le futur, pour être brutalement interrompu par la salve électronique d’un concert. Au cours de cette soirée, tout peut être vestige ou prémonition, relever du néoclassicisme ou de l’avant-garde, tant le grand bouillon que nous proposent Théo Mercier et ses invités recycle codes et genres avec malice. De podium en piédestal, le spectacle cite, parodie, assemble, dans des mixages irrévérencieux où le pastiche est peut-être plus sérieux que l’original. Iconoclaste variation autour de notre rapport au temps, la soirée entend faire table rase, peut-être pour réaffirmer avec humour notre ancrage dans le présent.
enfant
Boris Charmatz
Du 18 au 23 décembre 2014
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30
Relâche le 21 décembre
Durée 1h – Grande salle
Chorégraphie Boris Charmatz

Cornemuse Erwan Keravec
Lumière Yves Godin
Son Olivier Renouf
Machines Artefact, Frédéric Vannieuwenhuyse, Alexandre Diaz

Interprétation
Nuno Bizarro
Matthieu Burner
Olga Dukhovnaya
Julien Gallée-Ferré
Peggy Grelat-Dupont
Lénio Kaklea
Maud Le Pladec
Thierry Micouin
Mani A. Mungai

Un groupe d’enfants

On entre dans enfant comme on sombrerait dans un rêve. Créé pour la Cour d’honneur du Palais des papes, ce spectacle est habité par le sommeil. Corps inertes, endormis, déplacés par des machines, manipulés, dansés, agités, secoués en de convulsifs soubresauts : enfant est hanté par l’imaginaire d’un corps sans muscles, innervé de torpeur, qui serait cependant mobile. Entité mouvante, malléable et incontrôlable, « enfant » désigne une présence mystérieuse, un espace mental, qui vient perturber une chorégraphie de corps adultes « en grève », soulevés par des grues, actionnés par des poulies, déversés sur un tapis roulant. Ces petits corps ensommeillés sont le point aveugle de notre regard, vers lequel viennent se nouer peurs et espérances. Ils flottent à la limite de ce que nous croyons être permis. Ils nous appellent à nous engager dans cette vitale perméabilité des corps, cette contagion à l’éveil par le mouvement. enfant aurait également pu s’appeler « le réel avalé », un réel qui est contenu, contrôlé, rejeté, comme ces enfants sans-papiers expulsés des écoles, dont les existences ont habité la création de la pièce. enfant est un spectacle créé pour les enfants qui sont sur scène et qui, les yeux fermés, sont entraînés dans une danse physique et mentale. Ils volent. Et leur imaginaire devient un espace joyeux, dans lequel peut se projeter celui des spectateurs. Mais lorsque leurs yeux s’ouvrent, c’est l’espace du plateau qu’ils envahissent. Une république des enfants, une vague sauvage qui emportera les adultes sur son passage.
La Mélancolie des dragons
Philippe Quesne
Du 7 au 18 janvier 2015
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Relâche le lundi
Durée 1h20 – Grande salle
Conception et mise en scène Philippe Quesne / Vivarium studio

Avec
Isabelle Angotti
Rodolphe Auté
Sébastien Jacobs
Émilien Tessier
Gaëtan Vourc’h

(distribution en cours)

Un groupe de hard rockers mange des chips dans une Citroën AX à l’arrêt, radeau échoué au milieu d’un paysage de neige. Tout est calme, le temps s’est arrêté à cause d’une tête de delco défectueuse. Installés dans un état cotonneux, les dragons et un chien vont rencontrer leur Blanche-Neige et déployer pour elle un parc d’attraction minimal et multifonctions. Un projecteur, une machine à fumée, quelques perruques, Still loving you de Scorpions joué à la flûte à bec : le merveilleux peut naître de presque rien, à condition de se laisser embarquer dans un rêve commun. La mélancolie n’est pas seulement un spleen, elle peut aussi engendrer des images fécondes. Philippe Quesne travaille selon le principe du jeu de dominos : la dernière scène d’un spectacle donne la première scène du suivant, ouvrant un vaste champ de réflexion. Le début de La Mélancolie des dragons est né de la fin de L’Effet de Serge, pièce dans laquelle le personnage inventait de minuscules effets spéciaux dans son appartement. Le spectacle se nourrit de nombreuses références littéraires, musicales et picturales dont la gravure de Dürer, Melancolia : un corps songe et les projections de son esprit sont dispersées autour de lui. Comment s’organise la vie qui grouille autour de ce corps mélancolique ? La compagnie de Philippe Quesne s’appelle Vivarium studio. Depuis son premier spectacle, La Démangeaison des ailes, il plonge ses acteurs dans un milieu et les regarde évoluer à la manière d’un entomologiste.
Danse étoffée sur musique déguisée
Thomas Hauert
Les 7, 10 et 11 janvier 2015
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Représentations tout public mercredi à 15h30, samedi à 15h30
Représentation Allons z’enfants dimanche à 15h30
Durée 45 minutes – salle transformable
Concept Thomas Hauert
Chorégraphie, scénographie et costumes Thomas Hauert et Mat Voorter

Danse Mat Voorter
Piano préparé Lea
Assistante sur scène Laïda Aldaz Arrieta
Musique John Cage, Sonatas and Interludes for Prepared Piano (1946-48)
Création lumières Jan Van Gijsel

Un piano préparé est un piano dont on aurait déguisé la musique à l’aide de morceaux de gomme, de vis ou de bouts de caoutchouc placés entre ses cordes. Dans Danse étoffée sur musique déguisée, le danseur Mat Voorter, membre fondateur de la compagnie ZOO/Thomas Hauert, est accompagné par le pianiste Daan Vandewalle qui interprète les Sonates et interludes pour piano préparé de John Cage. Ce danseur est, lui-aussi, « préparé » pour le spectacle, puisqu’il altère sa danse en greffant à son corps des éléments de costumes – carapace de ballons, couche protectrice faite de couvertures, squelette de manches à balai. Papillon qui sort de sa chrysalide, insecte, animal ou pantin, il interprète une danse soumise à des contraintes très physiques, tandis qu’il change sans cesse d’apparence, de qualité et de nature. La musique de John Cage accompagne son périple, dans un univers en perpétuelle métamorphose, envahi par des créatures flottantes et colorées. Au fil de combats empreints de délicatesse, ces marionnettes aériennes sont animées par les mouvements de Mat Voorter et peuplent un espace qui semble être façonné pour l’écoute musicale. Les sonorités étrangement familières du piano préparé soutiennent les mues successives de ce danseur qui se risque avec une audace joueuse à devenir autre. Première pièce pour jeune public de ZOO/Thomas Hauert, Danse étoffée sur musique déguisée invite à un voyage dans des contrées que notre imagination avait jusqu’alors laissé inexplorées.
Atlas Nanterre
Ana Borralho & João Galante
Les 24 et 25 janvier 2015
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Samedi à 20h30, dimanche à 15h30
Durée 1h10 – Salle transformable
Conception, lumière et direction artistique Ana Borralho et João Galante

Conseiller lumière Thomas Walgrave
Son Coolgate
Conseiller artistique Fernando J. Ribeiro
Collaboration dramaturgique Rui Catalão
Collaboration artistique et coordination du groupe André Uerba, Antonio Buresi, Catarina Gonçalves, Tiago Gandra et Cátia Leitão (Alface)

Avec 100 personnes de professions différentes de la ville de Nanterre

Atlas Nanterre réunira sur scène une centaine de Nanterriens et fera entendre leurs voix, leurs identités et leurs professions : une manière de cartographier une ville, de dessiner un paysage à travers ses habitants et de resserrer le tissu social. Avec cette performance créée à Lisbonne en 2011 et qui a depuis tourné au Brésil, en Suède et en Italie, le duo d’artistes portugais Ana Borralho et João Galante fait du théâtre un espace politique en donnant la parole à des hommes et des femmes dans leur langue. Ils sont acteurs, pompiers, vendeurs de voitures, cadres stressés ou fonctionnaires de musées convaincus qu’il faut se battre pour la culture et entrent sur le plateau comme sur un podium jusqu’à former un groupe de cent, une microsociété. La scène se peuple peu à peu, comme une place publique investie par une révolution tranquille. Atlas Nanterre détourne une comptine pour enfants : « Si un éléphant dérange beaucoup de gens, deux éléphants en dérangent encore plus, si deux éléphants dérangent beaucoup de gens etc ». Le mot éléphant est remplacé par la profession des personnes présentes. La première partie de la phrase est dite par celui ou celle qui vient d’entrer, la seconde partie par le chœur qui grandit au fur et à mesure. Atlas Nanterre réunit l’individuel et le collectif, fait le lien entre l’art et la vie. Anna Borrallho et João Galante introduisent la notion de sculpture sociale, se réclamant de l’artiste Joseph Beuys : « Nous sommes la révolution » et « tout le monde est un artiste ».
Situation Rooms
Rimini Protokoll
Du 24 janvier au 15 février 2015
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Du mardi au samedi à 13h + 15h + 17h + 19h + 21h
Dimanche à 12h + 14h + 16h + 18h + 20h
Durée 1h30 – Grande salle
Conception du collectif Rimini Protokoll
Formé par Helgard Haug, Stefan Kaegi, Daniel Wetzel

Spectacle créé par Helgard Haug, Stefan Kaegi, Daniel Wetzel

Avec la participation de Abu Abdu Al Homssi (Syrie), Alberto (Mexique), Shahzad Akbar (Pakistan), Jan van Aken (Allemagne), Narendra Divekar (Inde), Nathan Fain (États-Unis), Reto Hürlimann (Suisse), Maurizio Gambarini (Allemagne), Andreas Geikowski (Allemagne), Marcel Gloor (Suisse), Barbara Happe (Allemagne), Volker Herzog (Allemagne), Richard Khamis (Soudan du Sud), Wolfgang Ohlert (Allemagne), Irina Panibratowa (Russie), Ulrich Pfaff (Allemagne), Emmanuel Thaunay (France), Amir Yagel (Israël), Yaoundé Mulamba Nkita (République démocratique du Congo), Famille R (Libye)

Et si l’image vidéo prenait le pas sur la réalité ? Dans le monde de Rimini Protokoll, la vision est sans cesse dédoublée. Multiple, elle ne peut que rester toujours partielle. Armés chacun d’un Ipad, les vingt spectateurs de Situation Rooms sont entraînés dans une scénographie virtuose et labyrinthique, où les corps réels des autres participants se confondent avec des apparitions virtuelles, celles de vingt témoins que Helgard Haug, Stefan Kaegi et Daniel Wetzel ont rassemblés et interviewés pour ce projet. Marchand d’armes, enfant-soldat, trafiquant de drogue, concepteur de systèmes de sécurité, pilote de drones, réfugié politique, militant pour la paix, banquier etc., tous les « experts » dont le collectif berlinois a récolté les expériences sont impliqués dans l’univers mondialisé de l’industrie de l’armement. Proche du jeu vidéo, l’expérience à laquelle nous convie Rimini Protokoll est trouble et vertigineuse : tour à tour victime ou bourreau, complice ou militant, responsable ou simple exécutant, le spectateur endosse différents rôles, épouse des points de vue contradictoires, doit s’orienter et agir dans un monde qui semble avoir perdu toutes ses valeurs. Entraîné comme malgré lui dans un système qui ne lui laisse aucune prise, il investit l’espace du documentaire et le bouleverse par sa présence. Le jeu fictionnel qui en résulte laisse alors aux spectateurs une réalité vacillante, chargée des témoignages et des espaces rencontrés.
UFE (unfilmévénement)
César Vayssié
Le 30 janvier 2015
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Vendredi à 20h30
Durée nc – Salle transformable
Conception et mise en scène César Vayssié

Musique Pierre Aviat

Avec
Marc-Antoine Allory, Sarah Amrous, Cyril Brossard, Clara Chabalier, Noémie Develay, Charles d’Oiron, Simon Guélat, Pauline Hubert, Constance Larrieu, Gaël Sall et Rodolphe Auté

Objet difficilement identifiable, UFE est une proposition transdisciplinaire, qui brouille les cartes entre réalité et fiction, cinéma et performance, la recherche et son résultat final. Car le sigle UFE (unfilmevenement) recouvre plusieurs acceptions et désigne tout autant un film réalisé qu’une expérimentation vécue lors du processus de création. C’est enfin un événement performatif, qui confronte les images filmées à leurs matières vivantes. Pendant deux ans, César Vayssié a travaillé avec dix jeunes comédiens. Ensemble, ils se sont engagés dans une vie collective et ont pris le temps de la recherche, habités par le désir de se réapproprier des questionnements politiques et de tester les frontières de l’amour et de l’engagement. Au fil de résidences de recherche accompagnées par des artistes comme Dimitri Chamblas, François Chaignaud, Boris Charmatz, Mathilde Monnier, Philippe Quesne, Yves-Noël Genod et Yves Pagès, s’est tissée une histoire de corps, une aventure empirique habitée par la fiction du film : dix jeunes activistes qui, rassemblés dans un endroit isolé, essaient de se projeter dans la société avec et par l’art, et basculent finalement dans l’illégalité. S’entremêlent alors le dispositif et son sujet, la vie du groupe et son récit fictif. Suivant le lien allégorique entre le politique, l’art et l’intime, UFE élargit l’espace cinématographique et construit un tableau vivant, une installation humaine qui puise son énergie dans la force rituelle du collectif.
Violentes femmes
Robert Cantarella / Christophe Honoré
Du 4 au 15 février 2015
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Relâche le lundi
Durée estimée 2h20 – Salle transformable
Texte Christophe Honoré
Mise en scène Robert Cantarella

Collaborateur artistique François-Xavier Rouyer
Scénographie Philippe Quesne
Collaboration Elodie Dauguet
Musique Alexandre Meyer

Avec
Pauline Belle
Florence Giorgetti
Johanna Korthals Altes
Nicolas Maury
Valérie Vivier

(distribution en cours)

Violentes femmes est né d’un compagnonnage entre Christophe Honoré, auteur et cinéaste, et Robert Cantarella, metteur en scène. Après une première rencontre dans les années 2000 au Théâtre Dijon Bourgogne et Un jeune se tue, un spectacle créé pour de jeunes acteurs au Festival d’Avignon 2012, ils se sont de nouveau fait signe, l’un depuis le théâtre, l’autre depuis le cinéma. Cette nouvelle création est une commande mutuelle basée sur plusieurs contraintes : écrire deux histoires parallèles sans relation immédiate, mises en écho comme dans Les Palmiers sauvages de Faulkner, et rassembler une distribution féminine. Le texte est un matériau vivant, plus proche d’un scénario que d’une pièce de théâtre. Le fait divers, matière récurrente du travail de Christophe Honoré, est arrivé assez naturellement et plus précisément la tuerie de l’Ecole Polytechnique de Montréal : en 1989 Marc Lépine a abattu quatorze femmes avant de se suicider, laissant une lettre expliquant son acte par des idées antiféministes. L’autre histoire, un monologue, est inspirée de la dernière apparition de la Vierge Marie reconnue en France par l’Eglise Catholique, survenue en 1947 à l’Île Bouchard, en Indre et Loire. Une femme dit avoir vu la « Belle Dame » à dix reprises alors qu’elle était enfant et a passé sa vie à témoigner dans un geste proche de l’autofiction « pour aider la France à se relever ». Chacune des deux histoires, intitulées L’association et L’apparition, comporte cinq parties, racontées alternativement.
Comment ça commence
Benoît Sicat
Les 7 et 8 mars 2015
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Représentation tout public samedi à 15h30 + 17h30
Représentation Allons z’enfants dimanche à 15h30
Durée estimée 40 minutes – Planétarium
Conception et jeu Benoît Sicat

Comment comprendre le geste de peindre, si ce n’est en retournant à son origine, à son enfance ? Comment ça commence trace la genèse de la création artistique et part à la recherche de la peinture qui préexiste au coup de pinceau porté sur la toile. Pendant six mois, Benoît Sicat a installé son atelier dans l’école des Pâquerettes à Nanterre, afin de peindre avec des enfants et de récolter leurs paroles sur les couleurs, les courbes et les tracés, les collages qu’ils ont réalisés avec l’artiste dans des peintures-paysages. Avec cette création, Benoît Sicat construit une réponse au « quoi peindre et pourquoi ? », une question qui le hante depuis sa propre enfance. Sur le plateau, c’est donc un peintre en dialogue avec des voix d’enfants qui se raconte. Assis dans son atelier, il nous montre son travail, grâce à une narration vidéo qui, d’ellipses en aplats de peinture, scénarise le processus de création. Saisie de la pensée qui sous-tend une recherche plastique, faite d’hésitations et de repentirs. Usant du son comme d’une matière plastique, l’artiste nous fait pénétrer par cet autoportrait sonore dans l’intimité de son travail, s’attachant à rendre palpable un travail invisible, celui de l’inspiration. Si la peinture de Benoît Sicat est une succession de couches, Comment ça commence fait dialoguer chacune des étapes de cette longue gestation avec la strate la plus souterraine, celle qui, primitive, élabore un langage en laissant circuler ses toutes premières lignes.
Hate Radio
Milo Rau
Du 3 au 8 mars 2015
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Durée 2h – Salle transformable
Texte et mise en scène Milo Rau

Dramaturgie et production Jens Dietrich
Scénographie et costumes Anton Lukas
Vidéo Marcel Bächtiger
Son Jens Baudisch
Assistante à la mise en scène Mascha Euchner-Martinez
Collaboration scientifique Eva-Maria Bertschy

Avec
- live :
Afazali Dewaele
Sébastien Foucault
Diogène Ntarindwa
Bwanga Pilipili

- vidéo :
Estelle Marion
Nancy Nkusi


On aborde Hate Radio comme un cauchemar qui aurait pris l’apparence d’une normalité désinvolte. Pour parler du génocide rwandais, Milo Rau et les membres de l’International Institute of Political Murder nous font revivre une émission dans le studio de la Radio-Télévision Libre des Milles Collines (RTLM). Sur les ondes de cette station, véritable cœur idéologique du génocide, les animateurs et journalistes n’ont cessé d’appeler au meurtre et à la haine raciale, au gré de programmes radiophoniques qui mêlaient le groove des tubes congolais à la mode aux pamphlets racistes. Ce sont plus de 1000 heures d’émissions et près de 50 interviews, que Milo Rau et son équipe ont écoutées et menées pour les condenser en une seule émission imaginaire, véritable dramatisation d’une réalité dont la sauvagerie est tapie, larvée dans chaque événement du quotidien. On n’y entend ni les cris des victimes, ni le tumulte des massacres, mais on y voit des animateurs de radio qui plaisantent au travail. Sans donner une explication au mécanisme qui transforme certains citoyens en tueurs, Hate Radio – interprété par des survivants du génocide – s’attache à rendre palpable l’atmosphère qui régnait en 1994. La reconstitution de cette radio de la haine nous fait éprouver, par le prisme de l’Histoire, la genèse d’un esprit génocidaire ainsi que les conséquences criminelles d’une parole qui s’exerce au meurtre. Plongée infernale dans la fabrique d’une langue qui déguise en sous-entendus une injonction à la tuerie.
The Civil Wars
Milo Rau
Du 10 au 15 mars 2015
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Durée 2h – Salle transformable

En français et en néerlandais surtitré
Concept, texte et mise en scène Milo Rau
Texte et interprétation Karim El Tahiri, Sara De Bosschere, Sébastien Foucault, Johan Leysen

Recherche et dramaturgie Eva-Maria Bertschy
Management et Assistance à la Dramaturgie Mascha Euchner-Martinez
Scénographie et costumes Anton Lukas
Vidéo Marc Stéphan
Son Jens Baudisch
Lumière Abdeltife Mouhssin, Bruno Gilbert
Consultation musicale Colette Broeckert, Eurudike De Beul
Assistante à la mise en scène Mirjam Knapp

Dans un salon surmonté d’un écran vidéo, trois hommes et une femme prennent la parole et, petit à petit, se racontent. L’investigation qu’ils vont mener sur leur propre passé part d’une histoire, celle d’un jeune belge parti faire le Jihad en Syrie et que le père tente désespérément de rapatrier. The Civil Wars interroge le point de cassure de ces trajectoires et situe le théâtre d’une Europe en crise au cœur des biographies de ces quatre comédiens. Où commence la révolte ? Quels sont les événements qui viennent motiver nos engagements politiques, religieux ou professionnels ? Filmés par la caméra, les visages de ces acteurs de générations différentes déroulent quarante ans d’histoire individuelle et collective. Sans relâche, l’intimité de ces récits de vie vient bouleverser nos questionnements sur le monde, nos choix de vie, l’avenir, et dédramatiser notre rapport à une actualité violente. Les guerres civiles dont parlent Milo Rau et son équipe sont tapies dans les souvenirs et les blessures de chaque individu et font s’entrecroiser problématiques familiales et positionnements politiques. Ainsi, sur la table du salon, les images et les objets de l’enfance côtoient les coupures de presse et articles de journaux. The Civil Wars choisit de se plonger dans les méandres souterrains et particuliers de la psyché humaine, pour interroger les grands courants que notre époque traverse et dont la montée des extrémismes est le symptôme. Une tentative d’éclairer un présent qui nous effraie à la lumière de nos passés individuels.
The Show must go on
Jérôme Bel
Les 13, 14 et 15 mars 2015
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Vendredi et samedi à 20h, dimanche à 16h
Duree 1h30 – Grande salle
Conception et mise en scène Jérôme Bel

Assistants pour le remontage Frédéric Seguette, Gilles Gentner

The Show Must Go On emprunte son titre à une chanson du groupe Queen. Le chorégraphe Jerôme Bel a construit ce spectacle emblématique de son répertoire autour de tubes de variétés de ces trente dernières années, dix-huit chansons populaires enchaînées par un DJ et dont les paroles vont déterminer l’action de ce qui se joue sur scène. Comment s’approprie-t-on la chanson culte du film Titanic interprétée par Céline Dion ou I Like To Move It Move It, morceau de house music qui fit fureur en boîte de nuit dans les années 90 ? À Nanterre, la vingtaine d’interprètes de la pièce seront des danseurs professionnels mêlés à des habitants de la ville, hommes et femmes de tous âges, avec leurs corps singuliers et leurs propres vêtements. Jérôme Bel joue sur l’effet miroir entre les interprètes et les spectateurs pour abolir la frontière entre la scène et la salle : deux communautés écoutant la même musique finissent par n’en plus former qu’une, nourrie de la même mémoire collective. The Show Must Go On interroge notre rapport au spectacle, à la représentation, s’empare de la culture populaire avec un mélange d’attirance et de distance critique. La joie de danser ensemble la Macarena parvient-elle à cacher l’épuisement des corps répétant des mouvements vidés de sens ? Jerôme Bel remet en question la notion de virtuosité et fait disparaître le rôle du chorégraphe en laissant la place aux interprètes et aux projections mentales des spectateurs qui, parfois, s’autorisent même à monter sur scène.
Thyestes
Simon Stone
Du 20 mars au 3 avril 2015
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Tous les jours à 20h, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 16h
Relâche le lundi
Durée estimée 1h30 – Salle transformable

En anglais surtitré
Mise en scène Simon Stone
d’après Sénèque

Co-écriture Thomas Henning, Chris Ryan, Simon Stone, Mark Winter
Scénographie et costumes Claude Marcos
Création son Stefan Gregory
Création lumières Govin Ruben
Dramaturge Anne-Louise Sarks
Régisseur Eva Tandy

Avec
Thomas Henning
Chris Ryan
Mark Winter

(distribution en cours)

Une histoire d’amour, de pouvoir, de vengeance et de mort : telle est l’effroyable trame de Thyeste, tragédie de Sénèque. La fable d’un roi déchu (Thyeste), dont le frère (Atreus) lui sert à son insu ses enfants à manger, afin de se venger de lui. Dans son adaptation résolument contemporaine du mythe antique, Simon Stone conserve le noyau scandaleux de la tragédie et livre à ses spectateurs un puissant concentré des forces intimes et structurelles à l’œuvre dans la pièce. Si la tragédie de Sénèque donne à voir ce qui excède l’imagination – l’infanticide et le cannibalisme –, la proposition du metteur en scène australien s’empare de ces tabous et les insère dans des situations quotidiennes contemporaines et brutalement familières, excessives jusqu’à devenir monstrueuses. Dans Thyestes, on bavarde, on boit, on s’ennuie, on joue au ping-pong, on boit encore, on s’insulte, on se rappelle des souvenirs d’enfance, on boit toujours, on trompe, viole et assassine, et boit. Terriblement proches de nous, Atreus et Thyeste apparaissent alors comme deux frères qui cherchent à se détruire l’un l’autre, tout en tapotant sur leurs iPad et en postant frénétiquement sur twitter. Spectateur de ces jeux cruels, le public est entraîné dans une expérience intense, dont l’efficacité narrative concurrence les séries télé les plus haletantes. Placé des deux côtés de la boîte scénique, il se fait face et, pris par le rythme frénétique de la mise en scène, s’étonne de sa propre avidité à contempler l’atroce raffinement de cette histoire de vengeance.
This is how you will disappear
Gisèle Vienne
Du 31 mars au 5 avril 2015
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Durée 1h15 – Grande salle
Conception, mise en scène, chorégraphie et scénographie Gisèle Vienne

Création musicale, interprétation et diffusion live Stephen O’Malley et Peter Rehberg
Texte et paroles de la chanson Dennis Cooper
Lumière Patrick Riou
Sculpture de brume Fujiko Nakaya
Vidéo Shiro Takatani

Créé en collaboration avec, et interprété par Jonathan Capdevielle, Nuria Guiu Sagarra et Jonathan Schatz
(Le rôle de Nuria Guiu Sagarra a été créé en collaboration avec Margrét Sara Gudjónsdóttir)

Gisèle Vienne est artiste associée à Nanterre-Amandiers depuis janvier 2014 et au Parvis, Scène Nationale Tarbes Pyrénées depuis 2012.

Celui qui s’aventure dans la forêt entre dans un monde gouverné par une logique autre, soumis à des forces contradictoires, en permanente métamorphose. C’est le cas du spectateur de This Is How You Will Disappear, qui pénètre dans une forêt archétypale, traversée par un vent de folie brute et découvre un univers inquiétant, dans lequel un élément peut brusquement basculer dans son excès inverse. Mythe contemporain, ce spectacle se nourrit tout autant du fait divers que du récit symboliste. Ce sont alors moins des personnages qui l’habitent que des entités allégoriques, qui hantent l’inconscient collectif de nos sociétés. Gymnaste parfaite, rock star éprise de ruine, entraîneur autoritaire, ces figures perdent de leur réalité tangible pour devenir des êtres désincarnés, flottant entre deux espaces, entre deux morales. Dans ce spectacle, Gisèle Vienne met en scène un monde qui glisse, de l’ordre au chaos, de la beauté à la sauvagerie. Son langage s’abstrait de la temporalité linéaire du récit et s’épanouit en nappes sonores, états météorologiques et sculptures de brume. Le temps semble alors se dilater et se diffracte en de subtils ralentis et troublants jeux de reprise. Ciselé par les poèmes de Dennis Cooper, l’espace scénique est troué par de fulgurantes apparitions, qui le transforment en paysage intérieur et invocation mystique. Terrible répétition de la mort, This Is How You Will Disappear est obsédé par le désir, ce point sombre au carrefour de nos violences fondamentales.
Gulliver
Karim Bel Kacem
Du 4 au 19 avril 2015
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Représentations tout public mercredi à 17h30, samedi à 14h + 17h30
Représentations Allons z’enfants dimanche à 15h30
Durée estimée 1h10 – Atelier
Conception et réalisation Karim Bel Kacem
d’après Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift

Réalisation et collaboration artistique Adrien Kuenzy
Dramaturgie Judith Bordas
Son Orane Duclos
Lumière Diane Guérin
Scénographie et costumes Hélène Jourdan

Avec
Julien Alembik
Pierre Moure
Pauline Schneider
Flore Babled


Gulliver, spectacle tous publics à partir de 8 ans, est la deuxième « pièce de chambre » de Karim Bel Kacem. C’est une écriture de plateau adaptée du texte de Jonathan Swift qui reprend le dispositif de Blasted : le spectateur mis en position de voyeur regarde à travers une lucarne et entend au casque des sons spatialisés, à tel point qu’il peut avoir l’impression qu’ils n’existent que dans sa tête. Les acteurs, entourés de vitres sans tain, sont en charge de l’incarnation mais ne s’adressent pas directement au spectateur, selon le principe de dissociation entre le son et l’image cher à Deleuze : « Ce que le théâtre a à apprendre du cinéma tient principalement de la dissociation entre ce qui est vu et ce qui est entendu ». Gulliver est encore un huis clos qui commence le jour où Gulliver rentre chez lui et raconte son voyage : où est le mensonge, la folie, la démence ? Que produit un tel récit sur une structure familiale, où s’arrête l’imaginaire, où commence la compassion ? Cette histoire qui interroge l’altérité est aussi un roman satirique très critique sur la politique anglaise de l’époque. Le spectacle alterne des scènes oniriques tirées du livre de Swift et des scènes réalistes. L’enjeu pour le jeune public est de comprendre à quel moment se situe le mensonge. Il s’agit aussi de subvertir la question de la représentation pour des enfants qui possèdent déjà les codes de l’écoute spatialisée, contrairement aux générations précédentes.
Blasted
Karim Bel Kacem / Sarah Kane
Du 2 au 19 avril 2015
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Tous les jours à 20h30, sauf dimanche à 18h
Relâche exceptionnelle le 14 avril
Relâche le lundi
Durée 1h20 – Atelier
Texte de Sarah Kane
Conception et réalisation Karim Bel Kacem

Réalisation et collaboration artistique Adrien Kuenzy
Dramaturgie Olivia Barron
Son Orane Duclos
Lumière Diane Guérin
Scénographie et costumes Hélène Jourdan

Avec
Julien Alembik
Pierre Moure
Pauline Schneider


Blasted est un huis clos. Dans une chambre d’hôtel, un journaliste paranoïaque et une jeune femme psychologiquement instable sont en pleine crise de couple. Elle veut le quitter, il refuse, ils vont passer la nuit ensemble. C’est alors qu’une guerre éclate, dévastant tout. La pièce glisse du drame bourgeois vers le mythe. Sarah Kane avait commencé à écrire son texte (intitulé à l’origine Anéantis) quand elle a vu la guerre en Bosnie à la télévision, en 1995. La construction de la pièce porte la marque de cette cassure revendiquée. Comment réinventer la place du spectateur, travailler la question de l’empathie, particulièrement délicate à mesure que la pièce bascule dans la violence ? Karim Bel Kacem est metteur en scène et a étudié les arts plastiques. Il a créé la compagnie Le Thaumatrope pour explorer les zones d’interstices entre le théâtre et le cinéma. Pour Blasted, sa première « pièce de chambre », il a imaginé un dispositif qui joue sur la position de voyeur et abandonne la frontalité de la représentation. Les acteurs sont enfermés entre quatre murs recouverts de miroirs sans tain qui renvoient une partie de leurs actions. Les spectateurs sont à l’extérieur et regardent par une fenêtre, munis de casques d’écoute dans lesquels sont réinjectés des sons. Reprenant le principe deleuzien de dissociation entre « ce qui est vu et ce qui est entendu » propre au cinéma, la compagnie Le Thaumatrope fait du travail sonore l’axe essentiel de sa réflexion.
Biopigs
Sophie Perez & Xavier Boussiron
Du 9 au 19 avril 2015
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Tous les jours à 20h30, sauf jeudi à 19h30, dimanche à 15h30
Relâche le lundi
Durée estimée 1h30 – Salle transformable
Conception et mise en scène Sophie Perez et Xavier Boussiron

Textes Sophie Perez et Xavier Boussiron
Scénographie Sophie Perez et Xavier Boussiron
Costumes Sophie Perez et Corine Petitpierre
Musique Xavier Boussiron
Régie générale Léo Garnier
Création lumière Fabrice Combier
Son Félix Perdreau

Avec
Xavier Boussiron
Sophie Lenoir
Stéphane Roger
Marlène Saldana
Er Ge Yu

(distribution en cours)

« Souvenez-vous toujours que le monde se divise en deux catégories : les ratés et les inconnus… » Soit un club de remise en forme pour egos en berne. Biopigs est un élevage d’icônes en passe d’entrer dans la légende, à moins qu’elles ne soient déjà sur le déclin. Le biopic est un genre à la mode, qui va chercher les détails les moins ragoûtants de la vie des personnalités, une rivière qui charrie de la boue mais reste absolument rassurant car balisé par le réel. Avec leur nouvelle création, Sophie Perez et Xavier Boussiron questionnent notre besoin de célébrité ou d’identification, le problème de l’héritage et de l’échelle : ce qui est pour certains une réussite n’est-il pas un échec pour d’autres ? Trois figures sublimes et carnavalesques traversent cette nouvelle sarabande : la mécène et collectionneuse d’art américaine Peggy Guggenheim, Ludwig II de Bavière et Sammy Davis Junior incarnés par trois acteurs fidèles du Zerep : Stéphane Roger, Marlène Saldana et Sophie Lenoir. Chacun d’eux fera aussi, au gré de ses envies, revivre Marguerite Duras, Jacques Lacan, Bette Davis ou Jacqueline Maillan. La forme de Biopigs est une « rafale de fins d’où surnagent d’ultimes survivants ». Venus des arts plastiques, de la musique et de la performance, Sophie Perez et Xavier Boussiron écrivent depuis quinze ans leur histoire de l’art avec des objets de théâtre qui cherchent la beauté dans un parcours semé d’embûches et ouvrent de multiples portes : Shiva au pays des merveilles.