L’action se déroule après la catastrophe. Une catastrophe invisible à l’œil nu. Une fin du monde qui ne dirait pas son nom, provoquée par la crise. Crise économique, crise politique, crise spirituelle... Dans ce décor, une femme se parle à elle-même. En proie à des hallucinations qui floutent le réel, elle ne sait plus qui elle est. Une femme dépossédée de sa vie qui voudrait renaître ailleurs, dans un autre corps.
Pour François-Xavier Rouyer, cette femme qui souffre dans sa chair, dépossédée d’elle-même, pourrait être une allégorie de la crise que traverse le monde occidental ; le symbole d’une génération sans passé et qui voit le futur lui échapper. Elle menait une vie « normale », montrant tous les signes d’une réussite sociale, jusqu’à ce que la machine dérape. C’est une femme-poisson, prisonnière dans un aquarium géant dont les parois déformeraient le monde extérieur. Les quatre personnages qui se croisent dans La Possession n’ont plus de nom. Ils s’appellent première personne, deuxième personne, etc. Sans identité, comment se construire ? « Je » pourrais être un autre moi qui à son tour pourrait être un·e autre, une histoire sans fin où chacun·e avance à tâtons, ne sachant où aller, sur quel corps étranger se poser pour renaître. Il y a quelque chose de vertigineux à voir et entendre ces êtres se débattre face à un ennemi invisible, sans repère, sans les mots qui échappent à leur sens initial. Est-ce un rêve éveillé ? Un cauchemar ? On nage en plein fantastique, dans un paysage en décomposition. C’est un théâtre d’horreur, comme on dit cinéma d’horreur, avec ses fantômes et ses décors. L’écriture de François-Xavier Rouyer est nerveuse, pleine d’humour et d’une efficacité redoutable qui instille un climat de tension à chaque réplique.