L'édito
Rouvrir un théâtre aujourd’hui n’avait rien d’évident.
Dans une période traversée par les fragilités économiques, les incertitudes institutionnelles et les tensions du débat public, faire revivre Les Amandiers après quatre années de travaux relevait du pari. Et pourtant, c’est précisément dans ces moments-là que le théâtre prouve sa nécessité.
Les Amandiers ont rouvert en décembre dernier. Depuis, nous apprenons ensemble ce que signifie habiter à nouveau ce théâtre. Alors que les derniers travaux s’achèvent — le restaurant, les aménagements, les logements pour les artistes seront terminés en septembre — un autre temps commence : celui d’un projet qui s’affirme, d’une aventure qui se déploie.
Un théâtre se construit soir après soir. Avec les artistes, les équipes, les techniciennes et techniciens, les publics qui reviennent et ceux qui entrent pour la première fois.
Un théâtre, c’est un lieu où une société accepte de se regarder et de se questionner. Un endroit où des imaginaires différents peuvent coexister, dialoguer, se confronter. Où on prend le temps de l’écoute, de la complexité, de la nuance — autant de choses devenues essentielles.
2027 sera une année électorale. La France va se chercher, se disputer, peut-être se déchirer. On nous demandera de choisir vite, de trancher, de réduire le réel à des slogans.
Le théâtre refuse cette injonction. Il n’est pas à l’écart du monde, il y répond autrement : par la langue, par le doute, par cette manière singulière de faire entendre une parole qui ne se contente pas d’être dite, mais prend corps devant nous.
Notre nouvelle saison veut être à la hauteur de cette responsabilité : accueillir des œuvres qui interrogent notre époque sans la simplifier, faire entendre des voix multiples, maintenir un espace ouvert, accessible, vivant, dans un moment où le repli et la défiance gagnent du terrain. Continuer, ensemble, à créer du commun.
C’est un choix exigeant. Et profondément nécessaire.
Christophe Rauck, Directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers