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Séminaire Nouvelles Théâtralités

Renouveau des formes scéniques 3: décrire et analyser les pratiques scéniques contemporaines – études de cas

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Ce séminaire est proposé par le programme de recherche NoTHx (Nouvelles Théâtralités), rattaché à l’équipe de recherche THALIM (Théorie et Histoire des Arts et des Littératures de la Modernité – UMR 7172 CNRS / École Normale Supérieure / Université Paris 3).

Coordination scientifique Bénédicte Boisson, Laure Fernandez et Éric Vautrin.

 

Le séminaire est ouvert au public.

Au commencement…

Depuis novembre 2014, le séminaire NoTHx (Nouvelles Théâtralités) propose de se réunir mensuellement à Nanterre-Amandiers pour réfléchir le théâtre d’aujourd’hui. En présence d’artistes et de chercheurs de différentes disciplines (études théâtrales, danse, histoire de l’art, littérature, philosophie…), nous avons souhaité ouvrir un espace de réflexion, un temps privilégié (trois heures) et déployé (quatre ans) pour formuler des hypothèses et renouveler l’approche des formes scéniques les plus contemporaines. Comment les décrire? Comment en proposer la critique? Est-ce que le théâtre de ces dernières années présente vraiment des spécificités pratiques, esthétiques ou idéologiques? Est-ce que sa réception ou sa relation à ses spectateurs ont évolué avec les changements socio-politiques récents, et si oui dans quel sens? Quels sont les outils, les cadres théoriques qui peuvent nous permettre de saisir, sans simplifier, ce qui se joue dans les œuvres? Depuis deux ans donc, nous nous réunissons tous les mois pour écouter un chercheur et un artiste, puis débattre ensemble. Car malgré la profusion de termes proposés pour catégoriser les créations, ou face parfois, à l’inverse, à un refus de toute définition, il nous semble qu’un travail de description et d’analyse est encore nécessaire, après ce qu’on a appelé la performance, comme si les mots et les manières habituelles de parler du théâtre ne convenaient plus.

 

Deux postulats guident notre enquête: d’une part, le constat que ces œuvres, qui ne se revendiquent pas nécessairement du champ théâtral, sont marquées par l’influence des autres arts et par des formes de théâtralités liées au retour de problématiques plus traditionnelles (figures, dramaturgie, relation scène-salle, lien fiction-réel, etc.). D’autre part, l’intuition que ces scènes organisent et structurent une expérience spécifique pour les spectateurs, qui ne relève ni vraiment d’une réflexion critique, ni vraiment du pacte fictionnel classique, ni d’une participation, et qu’elles le font selon des modes que nous peinons encore à expliciter.

 

En proposant de repartir du plus près des œuvres et de leur description, en souhaitant, à travers l’idée de «nouvelles théâtralités», réinscrire le théâtre et le théâtral dans une histoire plus large des arts, des pratiques et des pensées, en faisant se rencontrer la parole du chercheur et celle de l’artiste, mais aussi celles du professionnel, de l’amateur et du spectateur, nous souhaitons approcher la façon dont les scènes actuelles se font l’écho de questions contemporaines et dont elles s’insèrent dans la ville et dans la vie. L’hypothèse n’est pas seulement le fait que le théâtre a changé, mais qu’il y a aussi nécessité de penser ce changement.

Deux ans de réflexion

Au terme de deux années, la matière s’accumule, des pistes se dégagent, mais une grande part du chantier reste à mener. Tentons tout de même de tirer quelques fils, de proposer à mi-parcours un premier bilan. Un constat, tout d’abord – qui ne tient pas tant aux scènes contemporaines qu’à la société qui est la nôtre: ce séminaire répond au besoin partagé de prendre le temps de la réflexion, comme un acte de résistance, ou à celui d’instaurer de nouveaux liens entre les champs trop fragilisés de la culture et de la recherche.

 

Le théâtre qui l’accueille ouvre ses portes à une recherche au long cours mais se fait aussi «abri», lieu où venir penser ensemble. Et d’autres réflexions – qui confirment les hypothèses de départ et marquent quelques avancées. Si la définition des critères d’un corpus restent délicats, si dégager ce qui rassemble les pratiques que nous tentons de cerner ne peut être une donnée préalable mais le résultat de nos travaux, quelques éléments confirment qu’au-delà des appartenances disciplinaires, certaines pratiques scéniques sont à rapprocher, et travaillent en des endroits similaires. Ainsi, la nécessité de sortir des oppositions simplistes entre performance et théâtre, réel et représentation, dramatique et post-dramatique est éprouvée tant par les artistes que par les chercheurs invités au cours des deux dernières années. Milo Rau a affirmé qu’il s’agit pour lui d’inventer des formes de théâtre qui viendraient après la performance; Michel Poivert a évoqué la nécessité de dépasser une critique benjaminienne de l’image pour réenchanter l’art, la pensée et le monde, tandis qu’est régulièrement souhaité un modèle théorique prenant en compte et dépassant le postmoderne. Le constat est partagé, les outils théoriques et critiques restent à modéliser.

Quelques caractéristiques commencent à pouvoir être dégagées de ces pratiques scéniques contemporaines, qui toutes réaffirment, et revivifient, le rassemblement face à une scène. La scène n’y est pas seulement un cadre donné d’emblée, mais elle s’invente et apparaît au cours de la représentation, sur le «cinquième mur», selon la formule que nous a proposée Romeo Castellucci pour désigner «l’écran mental» de chaque spectateur. Elle instaure des dynamiques, déjoue et rejoue les perceptions. Elle est le lieu où tous les éléments peuvent être à l’étal, à disposition, mais rassemblés par le cadre même où ils paraissent. La scène permet de présenter de l’hétérogène et de faire feu de tout bois pour composer des mondes. Il ne s’agit pas seulement de proposer des œuvres qui seraient à l’image de la complexité qui nous entoure, mais de nous permettre d’éprouver le besoin – et la possibilité – de faire advenir (performer) d’autres réalités incertaines, tissées de perceptions, d’illusions et de fictions, venant résoudre quelque chose de notre condition d’homme contemporain: qu’il s’agisse d’inventer de nouvelles temporalités au croisement du temps réel et de celui du théâtre, de défaire, en les rendant labiles et mouvantes, les assignations de genre et de race, de faire éprouver intimement un autre rapport à l’histoire collective, de modifier la fiction d’un événement partagé, de se plonger collectivement dans une image précaire et chaotiquement advenue, ou de questionner les représentations qui traversent nos visions et perceptions sensibles du monde.

Vers la dramatisation…

Cette troisième année du séminaire sera l’occasion d’éprouver différemment nos hypothèses, tout en prolongeant la réflexion déjà menée. Les chercheurs seront invités à proposer moins un exposé théorique ou une présentation de leurs travaux que l’étude d’un spectacle programmé à Nanterre-Amandiers ou dans la région parisienne dans le mois précédant, en s’attachant particulièrement à décrire la dramaturgie spécifique de la relation théâtrale mise en place par le spectacle. Par ce biais, chercheurs et artistes invités interviendront sur ce que nous appelons la dramatisation: la manière dont la mise en place de l’artifice théâtral et l’expérience spectatrice en elle-même participent du sens et de l’effet de l’œuvre, autant que les signes et les récits exposés sur scène. C’est ainsi à la relation actuelle entre les œuvres et leurs spectateurs, et aux possibilités d’en rendre compte, que nous vous invitons à venir réfléchir chaque mois, en compagnie de chercheurs, universitaires et artistes.

Programmation

vendredi 14 octobre, de 16h à 18h

Avec Bénédicte Boisson, maître de conférence en Études théâtrales (Rennes 2).

Samedi 12 novembre

Dans le cadre de l’événement Welcome to Caveland!, avec Markus Öhrn, metteur en scène, et Éric Vautrin, dramaturge (Vidy-Lausanne) et maître de conférence en Études théâtrales (Caen).

Vendredi 16 décembre, de 15h à 18h

Avec Daria Deflorian & Antonio Tagliarini, metteurs en scène, Marie-Madeleine Mervant-Roux, directeur de recherche émérite au CNRS (Études théâtrales, UMR THALIM).

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