Vous êtes ici:
Accueil » Actualités » Journée Chéreau : souvenirs partagés

Journée Chéreau : souvenirs partagés

Films de Patrice Chéreau

Films de Patrice Chéreau

Le 1er décembre dernier, des centaines de spectateurs ont souhaité rendre hommage à Patrice Chéreau, en venant assister aux projections organisées par le Théâtre Nanterre-Amandiers. Anonymes, issus d’univers différents, ils sont venus vivre une véritable « immersion » dans l’œuvre du réalisateur et metteur en scène au travers de quatre films : Hôtel de France, Dans la solitude des champs de coton, Ceux qui m’aiment prendront le train et De la maison des morts. Ces projections étaient accompagnées de deux documentaires témoignant du travail de celui qui fut directeur du Théâtre des Amandiers de 1982 à 1990 : L’envers du théâtre d’Arnaud Sélignac et Une autre solitude de Stéphane Metge.

 

Dans le hall du théâtre, les langues se délient, chacun souhaitant célébrer l’artiste et l’homme. Nelly, ancienne professeur de français et philosophie, nous confie avoir été bouleversée à l’annonce de la mort de Patrice Chéreau. Visiblement émue, elle nous fait part de son regret d’avoir découvert tardivement les travaux de celui qui réussissait à l’émouvoir tant par son art que par sa personnalité.

 

Bouleversées, Juliette et Alyssa le sont aussi. C’est avec une immense tendresse que ces deux jeunes étudiantes en arts plastiques et théâtre, évoquent leur rencontre avec Patrice Chéreau lors de la manifestation « les Visages et les Corps » dans le cadre du Louvre invite en 2010. De son travail, les deux amies retiennent avant tout la sensibilité qu’il réussissait à intimer tant dans le rapport au corps, au cinéma comme au théâtre.

 

Quelques pas plus loin, installées confortablement dans les fauteuils du hall, Clarisse et Salomé viennent pour leur part visionner le travail de Patrice Chéreau pour la première fois. Dans la solitude des champs de coton est au programme de l’épreuve théâtrale du concours de l’ENS cette année. Les deux camarades en khâgne au lycée Janson de Sailly, ont donc profité de la journée organisée par le Théâtre des Amandiers pour découvrir, ce dimanche, la mise en scène mythique du texte de Bernard Marie Koltès. Dominique, lui, l’a découvert à sa création en 1987. Spectateur assidu de Patrice Chéreau dès sa nomination, à l’âge de 22 ans, à la tête du Théâtre de Sartrouville, Dominique parle avec emphase de celui qui selon lui, « a modifié en profondeur le paysage théâtral français au 20ème siècle ».

 

Marie-Hélène, rencontrée près de la billetterie, offre un témoignage similaire en déclarant, avec un sourire timide, que « Chéreau, ce n’était pas n’importe qui ». Elle aussi a assisté à la création de Dans la solitude des champs de coton, et en est aujourd’hui encore profondément marquée. Celle qui se considère comme n’étant ni une spécialiste de théâtre, ni de Patrice Chéreau, se souvient avec émoi de la beauté épurée de la mise en scène et de la force du texte de Bernard Marie Koltès.

 

Les spectacles projetés ne sont pas les seuls évoqués en ce dimanche 1er décembre. Nous croisons ainsi le chemin de Nicole et Marion, qui évoquent leur première rencontre avec Patrice Chéreau : la première avec la mise en scène de Peer Gynt d’Ibsen en 1981, la seconde avec La Douleur de Marguerite Duras en 2008. Deux mises en scène trop souvent oubliées selon elles. Nostalgiques, les deux amies nous confient avoir eu beaucoup d’affection pour le metteur en scène ; cette journée est à la fois l’occasion de saluer le parcours de Patrice Chéreau et de découvrir des œuvres qu’elles n’avaient encore jamais vues.

 

Les portes de la grande salle s’ouvrent, l’annonce de la projection de Dans la solitude des champs de cotons retentit. L’assistance s’engouffre dans la salle. Avant le début de la projection, on entend une fois encore les invités partager, nostalgiques et heureux, leurs souvenirs de spectateurs. Noir soudain. La projection commence. Patrice Chéreau, apparaît dans le rôle du dealeur de Koltès. On sourit, on s’émeut, on rit aussi. Moment de grâce.

 

Quand la lumière se rallume, le temps s’est arrêté. Les applaudissements sont à l’image du public : émus, hésitants, n’osant rompre cette communion avec celui qu’on est venu rencontrer une dernière fois cet après-midi. Au-delà de la journée organisée, l’hommage réside dans tous ces spectateurs, dans les souvenirs qu’ils évoquent, leur découverte, et dans l’émotion à fleur de peau qu’on décèle en chacun.