Depuis qu'il m'a été signifié que je ne serai plus, au 1er janvier 2014, Directeur de ce Théâtre, je me suis tu.
Au cours des mois qui ont précédé la décision de la ministre, je m'étais fort souvent posé la question : dois-je ou non solliciter un autre mandat ? J'avais décidé de le faire, non pas pour « m'accrocher » à ce poste qui d'ailleurs représente autant de sacrifices, d'engagements que d'espaces de liberté pour le metteur en scène directeur. J'avais décidé de le faire, d'une part, afin de mener à bien la rénovation de l'outil, rénovation - reconstruction pour laquelle à la suite d'un long travail d'approche et de persuasion, il ne reste plus aujourd'hui qu'à espérer l'engagement du ministère de la Culture à hauteur de 20 % du budget global ; et d'autre part, en proposant une co-direction afin de transmettre à un (ou une) plus jeune directeur, ce magnifique outil de travail. La transmission est en effet au cœur de tous les métiers d'Art du théâtre. Transmission d'acteur à acteur, d'acteur à metteur en scène, de metteur en scène à acteur. Pourquoi n'en irait-il pas de même pour la fonction du directeur. De plus, l'idée de contrat de générations dont parlait François Hollande, lors de sa campagne, me semblait pouvoir trouver ici une application concrète.
Depuis qu'il m'a été signifié que je ne serai plus, au 1er janvier 2014, Directeur de ce Théâtre, je me suis tu.
Au cours des mois qui ont précédé la décision de la ministre, je m'étais fort souvent posé la question : dois-je ou non solliciter un autre mandat ? J'avais décidé de le faire, non pas pour « m'accrocher » à ce poste qui d'ailleurs représente autant de sacrifices, d'engagements que d'espaces de liberté pour le metteur en scène directeur. J'avais décidé de le faire, d'une part, afin de mener à bien la rénovation de l'outil, rénovation - reconstruction pour laquelle à la suite d'un long travail d'approche et de persuasion, il ne reste plus aujourd'hui qu'à espérer l'engagement du ministère de la Culture à hauteur de 20 % du budget global ; et d'autre part, en proposant une co-direction afin de transmettre à un (ou une) plus jeune directeur, ce magnifique outil de travail. La transmission est en effet au cœur de tous les métiers d'Art du théâtre. Transmission d'acteur à acteur, d'acteur à metteur en scène, de metteur en scène à acteur. Pourquoi n'en irait-il pas de même pour la fonction du directeur. De plus, l'idée de contrat de générations dont parlait François Hollande, lors de sa campagne, me semblait pouvoir trouver ici une application concrète.
J'ai pu plaider cette cause auprès de la ministre, qui en a décidé autrement, et ce malgré, l'avis de la Mairie de Nanterre et du Conseil Général. Dont acte, je pars et quitterai la direction de ce théâtre au 31 décembre 2013.
Depuis que j'ai rendu publique la décision de Madame la Ministre de ne pas renouveler mon contrat à la direction du Théâtre Nanterre-Amandiers, vous avez été nombreux, dans le sillage de l'équipe du Théâtre, à vous manifester et à donner votre point de vue. Je tiens à remercier chacun.
Cette saison sera donc la dernière que je présenterai en ce lieu. En ce jour, certes la joie le dispute à une forme de tristesse, mais la recouvre.
Je suis en effet heureux de la relation qui s'est nouée au fil du temps avec l'équipe du théâtre que je tiens à saluer pour son engagement et pour son amour de ceux qui donnent corps aux mots du poète : acteurs, metteurs en scène, scénographes...
Au quotidien, chacun de nous œuvre à destination du public, de vous donc, à qui nous voulons proposer des parcours sensibles : découvertes d'œuvres singulières, de territoires inconnus et, dans le même temps, une re-visitation incessante de ce qui fonde notre histoire, le patrimoine théâtral. Convaincu que je suis que c'est dans ce rapport dialectique que peut s'opérer l'émergence du nouveau, de l'inouï, de l'indicible. C'est dans cette tension là que l'homme peut se situer, se saisir, se transformer et ...
C'est ainsi que les auteurs du répertoire : Racine, Shakespeare, notamment se sont trouvés en regard de Laurent Gaudé, Lars Noreń, Aziz Chouaki, Jacques Rebotier...
Dire le monde et le Théâtre, c'est donc ce que toutes ces années, j'ai essayé d'organiser en dirigeant ce lieu. Une attention particulière a été portée au dialogue Sud-Nord, notamment à partir du Burkina Faso et de l'Egypte. Parler d'ici et maintenant suppose d'embrasser le monde en conjuguant le proche et le lointain : œuvrer avec les lycées et collèges, l'hôpital, la Maison d'Arrêt, les associations et bibliothèques, tout en présentant des œuvres d'artistes venant d'horizons lointains. Ainsi des artistes étrangers prestigieux : Peter Sellars, Christoph Marthaler, Franck Castorf, Luc Bondy, ... ont côtoyé Moussa Sanou, Aziz Chouaki, Ray Lema, Rokia Traoré, Toni Morrison ...
Mêler les générations.
Des metteurs en scène confirmés : Jean-Pierre Vincent, Patrice Chéreau, Alain Françon, Chantal Morel, ... ont été à l'affiche dans le même temps que des plus jeunes : Séverine Chavrier, Julie Recoing, Zacharia Gouram, Jean-Yves Ruf, ...
Une pléiade d'acteurs a fait vibrer ces plateaux :
Jean-Pierre Bacri, Marianne Basler, Jean Benguigui, Anne Benoit, Charles Berling, Bernard Nissille, Eric Caruso, Patrick Catalifo, Chad Chenouga, Delphine Chuillot, Christine Citti, Jean-Pierre Darroussin, Marie Denarnaud, Laurent d'Olce, Ronit Elkabetz, Marie-Sophie Ferdane, Marina Foïs, Stéphane Freiss, Alain Fromager, Zacharia Gouram, Hammou Graïa, Laurent Grévill, Alban Guyon, Judith Henry, Aziz Kabouche, Maxime Lombard, Vincent Macaigne, Mounir Margoum, Sylvie Milhaud, Christiane Millet, Grégoire Oestermann, Jean-François Perrier, Nicolas Pirson, Caroline Proust, Farida Rouadj, Sophie Rodriguez, Odile Sankara, Moussa Sanou, Anne Suarez, Jean-Marie Windling, Abbès Zhamani...
Chaque nom est porteur de sons, d'images, d'échos divers, leur art fait trace.
Je prie tous ceux que je ne cite pas de bien vouloir m'excuser mais je suis assailli de visages, d'émotions partagées.
Oui, c'est bien ce grand Théâtre du monde que j'ai voulu faire se lever ici. Votre présence, votre fidélité m'ont prouvé au fil du temps que mes désirs profonds étaient partageables.
Je vais donc quitter la direction de ce Théâtre, pas la mise en scène, plein de tout ce que nous avons fait et vécu ensemble. Diriger un théâtre comme metteur en scène revient à mettre en scène le théâtre, monter une saison non pas comme une « pièce montée » mais comme un film dont on assemblerait les séquences. Chacune importe, mais c'est le montage qui crée le sens.
La joie et la fierté du travail accompli, l'emportent donc sur la tristesse liée à l'arrachement d'un lieu où je me suis totalement investi en tant que metteur en scène et directeur.
A ceux qui s'inquiètent pour mon avenir je veux dire que j'espère vous retrouver ici ou là, dans les théâtres où je pourrais être invité à mettre en scène ou peut être dans des salles de cinéma. Puisque comme me le disait récemment un jeune metteur en scène, on peut déloger un homme de théâtre d'un théâtre, mais pas de celui qu'il porte en lui. Alors, ça va continuer.
Enfin et pour terminer, je voudrais particulièrement remercier l'équipe de direction.
Si un théâtre a un directeur, ce dernier ne peut œuvrer que s'il est accompagné. Je veux donc adresser un chaleureux merci à Gilles Taschet, le scénographe ami et conseiller artistique, à Béatrice Barou, directrice de la communication et de la presse, à Jean-Marc Skatchko, directeur technique et éclairagiste, à Andrea Jacobsen, chargée des relations internationales, à Jean-François Perrier, coordinateur des actions pédagogiques et rédacteur du journal du Théâtre, à Martine Servain, assistante de direction, et aux administrateurs successifs, Rémi Jullien, Nathalie Pousset, et enfin surtout à Leslie Thomas, co-directrice devrais-je dire, sans lesquels cette aventure n'aurait pu tenir debout.
Merci à vous tous et place à la saison 2013/2014.
Jean-Louis Martinelli