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Biographie Jonas Hassen Khemiri

Jonas Hassen Khemiri est né en 1978, d’un père tunisien et d’une mère suédoise. Il a grandi à Stockholm, et a étudié l’économie à Paris. Par la suite il a travaillé au siège des Nations Unies à New-York. Jonas Hassen Khemiri a été remarqué dans le monde de l’écriture au début de l’année 2003 lors de la parution de Ett öga rött (One Eye Red), qui a été tiré à plus de 200 000 exemplaires en Suède et a ainsi fait partie des meilleures vente toutes catégories confondues pour l’année 2004. One Eye Red a reçu le prix du premier roman Boras Tidning.

 

Enfin, en 2007 ce manuscrit a servi de base à une adaptation cinématographique. Le second roman de Jonas Hassen Khemiri, Montecore, a été publié en 2006 et a reçu une bonne critique. Il a été ainsi récompensé cette même année par le prix P. O Enquist.

 

Il fut également au même moment en compétition internationale pour le prix «August literary».

 

En 2007, le roman Montecore a reçu le Prix du meilleur roman attribué par la Radio Suédoise en 2007. Le membre du jury qui a remis ce prix a déclaré :

«Jonas Hassen Khemiri laisse sa marque sur chacun des mots de son roman Montecore, l’on ressent sur chacun d’eux «la transpiration» de la créativité. Montecore est beau livre, mélancolique, mais aussi un livre merveilleusement drôle qui dépeint la Suède dans une lumière unique, rendant ainsi difficile de le raconter à quelqu’un qui ne l’a pas encore lu.»

 

En avril 2008, paraît la traduction française du roman, Montecore, un Tigre unique, aux éditions du Serpent à Plume.

Rencontre – Extraits (l’auteur a souhaité s’exprimer en français)

J’ai écrit deux romans en suédois. C’est ma première pièce. Je voulais écrire, comment on construit un sentiment de collectif ou de « nous ». Abulkasem joue le rôle de cette menace qui vient de l’extérieur mais aussi quelque chose qui peut donner de l’espoir de l’intérieur. Tous les jeunes caractères dans la pièce utilisent Abulkasem pour se grandir. Le nom Abulkasem les transforme en beaucoup plus forts. Les chercheurs ou la génération plus âgée considèrent Abulkasem comme une ombre menaçante sur quoi on peut projeter ses sentiments désagréables. Le nom d’Abulkasem vient de la pièce du XVIIIème siècle Signora Luna de Carl Jonas Love Almqvist qui est citée au début. Quand on entend cette langue au début, on entend que c’est historique et que c’est difficile à comprendre. Quand on a joué la pièce, pendant un an et demi, à Stockholm, il y a eu beaucoup de réactions.

Le processus d’écriture. Comment as-tu écrit cette pièce? Par rapport à la temporalité, le plateau télévisé qui revient régulièrement…

J’ai commencé avec l’histoire à la fin, le monologue. C’était une manière de construire un sentiment d’authenticité dans la pièce. C’est une partie où on reçoit, où l’acteur devient le petit frère de l’écrivain.

Cette partie-là, c’est une histoire qu’un ami m’a racontée. Il était jeune, il a fait ça. Il était dans la campagne et il a vu un mec qui a brûlé ses doigts. Mais il a visité une maison comme ça. J’ai commencé par écrire sur cette expérience et ensuite j’ai travaillé à l’envers, en arrière. Après mon premier roman, il y avait un théâtre à Stockholm, le théâtre municipal, qui m’a demandé d’écrire une pièce. Il y a beaucoup de gens qui ont lu mon premier roman d’une manière simpliste, con quoi. À mon avis, il y avait des gens de la critique qui ont lu avec des yeux cadrés. J’ai trouvé cette idée d’écrire quelque chose sur un homme, ou sur un nom qu’il était impossible à saisir.

Je suis curieux de savoir si l’intérêt pour les sujets est un intérêt pour l’actualité ou si c’est un intérêt autobiographique.

C’est toujours impossible d’écrire, de se séparer de ses textes, c’est toujours un peu mélangé. Il y a beaucoup de moi dans les textes. Je crois que j’ai commencé à écrire la pièce parce que je voulais vraiment écrire quelque chose pour démontrer comment une identité peut être une menace ou renforcer quelqu’un. La scène au début, invasion sur la scène et construction d’une langue avec le nom parfait : Abulkasem…

Je faisais souvent ça avec mes amis quand j’étais petit. Les mots, comme les identités étaient quelque chose de fluide, de fluctuant.

Le ton de la pièce est vraiment drôle. Le monologue de la fin, lui ne l’est pas du tout. Pourquoi l’avoir placé à la fin?

Quand on a mis la pièce en scène à Stockholm, le moment où le public a arrêté de rire, c’est le moment que j’aime dans la pièce. Tout à coup, dans la scène avec l’interprète, l’acteur parlait perse. Quand on le fait vraiment avec la langue perse ou arabe, c’est très fort. Au début les spectateurs rient, mais lorsqu’on comprend que c’est la traductrice qui invente les répliques racistes, on est écoeuré. J’aime bien ce moyen d’expression : de blesser avec l’humour. J’aime bien le sourire qui se fige.

Au niveau du mot, est-ce que c’est une réflexion sur le langage?

Mon père vient de la Tunisie, ma mère est Suédoise. Quand je vivais en Suède, j’avais l’impression que le suédois n’était pas vraiment ma langue. Que le suédois était un peu comme la langue coloniale, la langue de pouvoir… Et quand on jouait avec les mots, quand j’étais petit, c’était aussi pour créer un outil, une appropriation. J’écris des pièces, mais j’ai toujours rêvé d’écrire des romans. C’est une question du roman.

Est-ce que tu as directement souffert du racisme en Suède?

Il y a des périodes en Suède qui m’ont touché. Je ne sais pas si vous avez entendu. L’homme au laser. Quand j’avais treize ans, en 91, il y avait un raciste à Stockholm qui a acheté un fusil et il a utilisé un viseur laser et a commencé à tirer sur les hommes d’origine étrangère. C’est intéressant, j’avais treize ans, ça a duré 7 mois, en 91. Aujourd’hui beaucoup de gens ont oublié. Il a tiré sur 11 personnes. Il y en a un qui est décédé, c’est une chance qu’il n’y ait pas eu plus de morts. Je me souviens très bien comment est arrivé ce sentiment d’être exclu de l’identité générale suédoise ; Avec ce mec là, ça devient trop visuel. Il y avait des Skinheads à Stockholm qui ont commencé à acheter des viseurs laser et, tout à coup, il y avait des points rouges (du laser) partout à Stockholm. Tout à coup, j’ai commencé à me voir comme pas forcément suédois. Utiliser la langue c’était pour trouver une identité créole.

Abulkasem, en arabe, ça veut dire le père du témoin. Ce que vous dites là et ce que représente le mot, dans sa vraie signification, est tout à fait divergeant.

Oui, j’aime bien ça. C’est un mot avec beaucoup de possibilités. Dans Signora Luna, dans Les mille et une Nuits. C’est un prénom du prophète. Chirurgien. Comment on peut prendre un mot et le remplir avec beaucoup, beaucoup de sens. Il y a des gens qui ont commencé à utiliser le mot Abulkasem. Il y a un site sur Internet « Abulkasem was here »… Dans le métro, j’ai entendu des rappeurs qui chantaient en disant « si tu ne me crois pas, je vais chercher Abulkasem ».

Tu es romancier et tu es dramaturge. Comment tu vis le passage de l’écriture romanesque à l’écriture dramatique. Deux écrivains se partagent-ils votre moi poétique ?

Il a souvent eu cette question. Mais il n’a jamais eu ce sentiment.

Quand j’écris c’est un processus…Tout ce que j’ai écrit, c’est toujours mélangé, ce sont les différents côtés de la même pièce. Tout est lié. Quand j’ai travaillé sur cette pièce, j’ai utilisé cette manière d’écrire que j’utilise dans l’écriture romanesque et il y a des choses dans la pièce qu’on ne pourra jamais comprendre. Il y a un jeu de mot avec les noms des chercheurs. Il y a des anagrammes. Un des chercheurs s’appelait Dr Cecil Zenozzq (j’avais du mal à trouver une anagramme pour Condolize Reis). Je n’aime pas que ce soit trop explicite.

 

Jonas Hassen Khemiri Rencontre très formelle à La mousson d’été 2007 – Abbaye des Prémontrés