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Biographie Dario Fo

Dario Fo

Dario Fo naît en 1926 à San Giano, au bord du Lac Majeur, près de la frontière suisse, « un pays de contrebandiers et de pêcheurs plus ou moins braconniers » [1] Issu d’une famille prolétaire de traditions démocratiques et antifascistes, il grandit dans un milieu où « chacun est un personnage, où chaque personnage cherche une histoire à raconter » [2]. Son grand-père agriculteur et vendeur ambulant racontait des fables grotesques dans lesquelles il glissait de vraies anecdotes.

 

De sa jeunesse Dario Fo gardera le souvenir de ces conteurs (i fabulatori) qui parcourent la plaine du Pô, racontant des histoires où les protagonistes étaient souvent des gens exploités auxquels les spectateurs pouvaient s’identifier et où l’ironie, la satire avaient une large part. A quatorze-quinze ans il s’amuse à reproduire les canevas de ces « fabulatori ». Doué en dessin et en peinture (Il dessine les affiches de ses spectacles), il fait des études au lycée artistique de Milan, puis entre à l’Académie des Beaux-Arts de Brera, toujours à Milan. Il y étudie la mise en scène et cultive son goût pour la peinture ! Il en sort diplômé en 1950 dans la section « Architecture ».

Son désir de transmettre et de partager ne va pas le conduire à l’enseignement mais à l’écriture, au jeu et à la mise en scène. Dario Fo se produit dans des théâtres de cabaret pour y jouer des sketchs satiriques, liés aux problèmes de l’Italie ; chômage, mafia… Très vite, il débute à la R.A.I. (La radio italienne) pour y faire entendre des monologues comiques, truffés d’expressions dialectales, dans

une langue « réconciliant la ville et les champs, l’héritage et la fantaisie » [3]. Les sketches de plus en plus provocateurs et violents déclenchent polémiques et menaces… l’armée, le clergé, la bourgeoisie complaisante à l’égard du fascisme, personne n’est épargné. La programmation est arrêtée. En 1953, le Piccolo Teatro de Milan (Giorgio Stehler) accueille Il dito nell’occhio (Le doigt dans l’oeil), revue satirique co-réalisée par Dario Fo et Franco Parenti notamment. C’est le début d’une collaboration avec l’institution théâtrale.

 

En 1954, il épouse Franca Rame, fille d’une grande famille d’acteurs ambulants, qui devient son inséparable partenaire et muse.

 

En 1958, ils créent tous les deux leur compagnie et reprennent à leur façon les farces traditionnelles, les canevas que possédait la famille de Franca Rame. Dario Fo écrit de grandes comédies où Dario Fo fustige les institutions et les classes dirigeantes, tout en déployant une fantaisie débridée. Un théâtre vivant, où « on parlait des faits dont les gens avaient besoin d’entendre parler. En ce sens, et à cause de son langage direct, c’était un théâtre populaire » [4].

 

L’année suivante, la pièce de théâtre, Gli arcangeli non giocano a flipper (Les Archanges ne jouent pas au flipper), écrite en une vingtaine de jours, propulse Dario Fo au rang des dramaturges en vogue. Les succès se multiplient ; Isabella, tre caravelle e un cacciaballe (Isabelle, trois caravelles et un charlatan), La signora è da buttare (Et la vieille dame ? A la casse !),… le nombre de spectateurs va croissant. A raison d’une nouvelle pièce chaque automne, les recettes sont au rendez-vous, et ce jusqu’en 1967. Les productions de cette période fondent sa notoriété de « jongleur » allant dire en tous lieux, la révolte et le rire incommodes des opprimés… jusqu’à la télévision.

La naissance du centre-gauche en Italie permet à Dario Fo d’élargir son public : le couple triomphe dans Canzonissima, satire sur les industriels, le clergé, la mafia… Mais très vite des difficultés avec la censure mettent fin à la collaboration des deux artistes avec la télévision [5].

Théâtre militant – Théâtre politique

Devenus en quelque sorte « les jongleurs de la bourgeoisie riche et intelligente » [6], ils décident d’abandonner les structures du théâtre officiel pour fonder, avec l’aide du PCI, «Nuova Scena » [7] (1968-1970), structure créée pour jouer au sein des « Maisons du peuple », d’usines occupées, de cinémas de quartier… au plus près des luttes ouvrières, et donc des forces révolutionnaires. C’est dans ces années qu’il crée la série Mistero Buffo (Mystère bouffe), spectacle grotesque à partir de mystères païens pleins de verve, qu’il interprète lui-même. C’est une « bête de théâtre », un comédien prodigieux plein de « vitalité », « d’épaisseur physique » et de « désinvolture (…) quelque chose à la fois, de Fernandel et de Groucho Marx » [8].

 

Peu enclins aux subtilités, aux modérations et autres accommodements politiques, Dario Fo et Franca Rame décident, en 1970, de rompre avec le parti communiste pour créer, avec certains de leurs camarades, un autre collectif théâtral : Le « Collettivo teatrale de la Comune ». C’est de cette période que datent les pièces et les textes les plus engagés ; Tutti uniti, tutti insieme ! Ma scusa, quello non è il padrone ? (Tous unis, tous ensemble ! Mais pardon, est-ce que ce type n’est pas le patron ?), Non si paga! (Faut pas payer !), Ordine, per Dio 000 000 000! (De l’ordre, au nom du fric, nom de Dieu !)… et surtout Morte accidentale di un anarchico (Mort accidentelle d’un anarchiste), texte écrit suite à la « défenestration » de l’anarchiste Giuseppe Pinelli [9]. Le spectacle tournera plus de deux ans dans toute l’Italie, donnant lieu à nombre d’inculpations et de boycottages.

 

Dario Fo écrit jusqu’à trois pièces par an, et ce malgré les tensions internes et les pressions dont ils font l’objet. Collectif lié « à la situation socio-politique italienne et à la vitalité de l’extrême gauche, « La Comune » ne survécut pas « aux attentats des années de plomb ». Elle se dissout en 1972. En mars de l’année suivante Franca Rame est enlevée, violentée par un commando fasciste, avant d’être relâchée[10].

Dès 1974, ils décident de se stabiliser et s’installent dans leur propre théâtre, un ancien marché aux légumes : Le Palazzina Liberty, à Milan.

Consécration ne vaut pas soumission

L’engagement politique, social et culturel de Dario Fo est intact. Toujours à l’extrême de la gauche, Dario Fo s’engage dans son travail d’auteur à stigmatiser tous les fascismes ; les lois anti-drogue répressives, la dictature chilienne, la mafia, les violences policières, la répression du peuple palestinien, le pape et le clergé,… et toujours sur le mode de la farce, la farce militante.

 

En 1977, ses principales pièces sont diffusées à la télévision dans un cycle intitulé « Le théâtre de Dario Fo », qui le fait connaître du grand public. En 1980, on lui interdit d’entrer aux Etats-Unis, où il devait donner une représentation exceptionnelle, à cause de son affiliation au Soccorso Rosso, une organisation de soutien aux détenus « brigadistes »[11].

C’est en 1981 qu’il rédige Clacson, trombette e pernacchi (Klaxon, trompettes et pétarades).

Il est souvent appelé à l’étranger pour donner des spectacles et faire des mises en scènes d’oeuvres lyriques ou théâtrales, comme en 1991 Le Médecin volant et Le Médecin malgré lui de Molière à la Comédie Française. Mistero Buffo est repris toujours au sein de l’illustre maison en février 2010 dans une proposition de Muriel Mayette. A 83 ans, Dario Fo assiste aux répétitions et donne conseils aux acteurs…

 

Dario Fo reçoit en 1997 le Prix Nobel de Littérature. C’est la première fois qu’un homme de théâtre acteur-auteur-metteur en scène reçoit une telle distinction. Ses relations avec les autorités se sont améliorées mais demeurent fragiles. Depuis quelques années, à travers ses pièces, il s’ingénie à dénoncer les travers du gouvernement en place. « L’Italie marche vers le précipice » proclame t-il. Et fait le constat terrible d’ «un pays devenu raciste (…) avec des mouvements horribles, régionalistes ou nationalistes, qui font la politique de la peur » [12].

 

Dans les années 2000, il écrit des charges contre Silvio Berlusconi et ses démêlés judiciaires dans Ubu roi, Ubu bass, et L’anomalo bicephale. « … Je ne suis pas un politicien. Mais je suis un homme de mon temps et je m’insurge contre la façon dont notre pays est géré aujourd’hui. Nous sommes devant un paradoxe insensé, digne d’ Ubu roi. On édicte des lois spécialement faites pour le roi Berlusconi, on choisit des ministres dans sa cour qui défendent ses seuls intérêts. Et le public applaudit. Il Cavaliere possède quatre chaînes de télévision et contrôle les publiques. Il a acheté les principaux magazines et quotidiens -les autres ont été acquis par son frère- les maisons d’édition, les salles de cinéma…. On bannit des journaux télévisés ce qui pourrait nuire à son image et les journalistes qui ont osé s’opposer à lui. Enzo Biagi ou Michele Santoro ont ainsi été effacés de l’écran. Berlusconi jouit d’une totale impunité (…) Je pense aux gaffes de Berlusconi, celles qui lui ont valu le titre de «Miscommunicator of the year» [attribué par la Foreign Press Association]. Il a traité le social-démocrate allemand Martin Schulz de «kapo nazi» et a décrété que « Mussolini n’a tué personne; au pis, il envoyait les opposants dans des camps de vacances.  » Il a expliqué, assis à côté de Vladimir Poutine, qu’en Tchétchénie il ne s’était rien passé de grave. Il a affirmé: « Les juges italiens sont mentalement dérangés: des fous anthropologiquement étrangers à la race humaine ». En visite à Wall Street, il a invité les Américains à se rendre plus souvent en Italie, « où il n’y a plus de communistes, mais où, en revanche, on trouve les plus belles secrétaires ». Au sommet de l’Otan, il a voulu raconter les origines de Rome, en appelant Remus «Remulus» et en décrétant que Jules était le fils d’Enée, alors qu’il s’agit d’Ascagne. Au mariage du fils du Premier ministre turc, il a fait le baisemain à la future épouse musulmane couverte de voiles. C’est un camelot, sans aucune culture (…) J’entends dans les discours politiques les mots utilisés pendant l’ère mussolinienne » [13].

Références

  • Dario FO : Extrait «Les fabulatori du Lac Majeur» dans Allons-y on commence. Ed. Maspero 1977
  • Dario FO : Extrait «Les fabulatori du Lac Majeur» dans Allons-y on commence. Ed. Maspero 1977
  • Valérie Tasca : «Confluences». Le dialogue des cultures dans les spectacles contemporains – Essais en l’honneur d’Anne Ubersfeld.
  • Franca Rame : Extrait «Andiamo a incomminciare» dans Allons-y on commence. Ed. Maspero 1977
  • Jacques Joly. «Travail théâtral : Le théâtre militant de Dario Fo» 1974.
  • Franca Rame : Extrait «Andiamo a incomminciare» dans Allons-y on commence. Ed. Maspero 1977
  • Nueva Scena : «Collectif de militants au service des forces révolutionnaires, non pour réformer l’Etat bourgeois, mais pour aider au développement d’un véritable processus révolutionnaire qui amène au pouvoir la classe ouvrière».
  • Bernard Dort : Théâtre en jeu – Essais de critique 70-78». Ed. du Seuil.
  • Le 12 décembre 1969 une bombe est déposée dans une banque de Piazza Fontana à Milan. Cet attentat fera 16 morts. Le commissaire Calabresi s’empressera de trouver un coupable et arrêtera l’anarchiste Pinelli. Ce dernier sera retrouvé mort par défenestration dans la cour de la préfecture de Police. Soupçonné de la défenestration le dit commissaire Calabresi n’aura pas l’occasion de s’expliquer. Il est assassiné en mai 1972.
  • Dario Fo à «L’express» le 26/01/2006 : «Ils lui écrasèrent des mégots de cigarette sur la poitrine. Ils lui taillèrent la peau avec des lames de rasoir. Ils la violèrent, tour à tour, pendant des heures. Franca raconta l’histoire à la police, mais elle omit le viol. Moi-même, je ne l’ai appris que des années plus tard. Elle craignait que, pour la protéger, je ne m’éloigne de mon engagement… En 1978, elle eut l’immense courage de raconter ce cauchemar sur scène. [Dario Fo a les larmes aux yeux.] En 1987, deux repentis néofascistes révélèrent aux juges que la «punition» de Franca avait été décidée par des carabiniers de la division Pastrengo de Milan. L’un des deux hommes, capitaine à l’époque, raconta que, cette fameuse nuit de 1973, la nouvelle du viol de ma femme avait été accueillie à la caserne «avec une grande euphorie». Malheureusement, ces aveux sont arrivés trop tard: les faits étaient déjà prescrits. J’ai écrit une lettre au président de la République, Oscar Luigi Scalfaro, mais cela n’a servi à rien».
  • Franca Rame : Extrait «Andiamo a incomminciare» dans Allons-y on commence. Ed. Maspero 1977
  • «Brigate Rosse» (Les Brigades Rouges) : Groupe terroriste italien d’extrême gauche fondé en 1969. Leur but idéologique est d’abattre «Lo Stato Delle Multinazionali» (L’Etat des Multinationales), par la propagande dans les usines, la «jambisation» des réfractaires, les attentats contre les édifices, la séquestration voir l’assassinat d’hommes dits d’influence… bref, la lutte armée. Le «Soccorso rosso» est une organisation de soutien aux «Brigadistes» arrêtés et emprisonnés.
  • Dario Fo à «Libération» le 17/02/2010
  • Dario Fo à «L’express» le 26/01/2006