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Ateliers théâtre à l’Hôpital Max Fourestier

Hôpital Max Fourestier

Hôpital Max Fourestier

Le Théâtre des Amandiers et l’Hôpital de Nanterre Max Fourestier travaillent ensemble depuis plus de dix ans. La ligne de travail de ce partenariat est de n’imposer aucun modèle «social» ou «culturel» mais de proposer, sans vouloir lisser les aspérités ou les difficultés rencontrées, des pratiques artistiques dont les formes et le sens se sont redéfinis le long de ces années.

 

Ce partenariat s’adresse principalement aux patients résidant, peu ou longtemps, au sein de l’hôpital et dont les vies fragiles sont marquées par l’accident au sens large ou frappées par des traumatismes sociaux ou/et psychiques. Aussi, les propositions artistiques, les projets d’ateliers portés très souvent au sein des services par des acteurs de théâtre s’adressent à tous les patients qui le souhaitent et qui le peuvent.

 

Éloignons-nous maintenant des introductions pour saisir – capter ? – comment les corps et les esprits peuvent s’insérer, dans l’activité ou l’écoute d’une action artistique.

 

Depuis deux saisons, deux comédiens, Maria Fonzini et Eric Jakobiak, animent un atelier au sein du service Psychiatrie. Lisons les notes des comédiens :

«La condition des patients de psychiatrie a permis aux comédiens de travailler sur une gamme d’exercices extrêmement riche et de développer une méthode propre à sensibiliser l’esprit, la sensibilité et le corps. De nombreux exercices d’improvisation, du travail du regard, de la voix, du corps ont ainsi été proposés. La base du travail et la disposition des participants en cercle au début de l’atelier permet de constituer un groupe et de former à l’écoute et à l’équilibre.»

Puis suivent des exercices tels que l’échauffement du corps : «Disposés en cercle, Maria, Éric et les participants soulèvent un plafond imaginaire, le collent et ensuite le font redescendre jusqu’au sol.» Puis un autre exercice; «Les participants marchent dans l’espace, ils prennent confiance en eux, en tenant bien le regard ouvert, tandis que Maria et Ricard explique le principe d’équilibre du plateau de théâtre : il faut toujours marcher sans hésiter au centre de la Scène. Différentes sortes de marche sont proposées sur un sol collant, sur la glace. C’est un travail sur l’imaginaire.»

Ou encore : «Échauffement de la voix et du corps; on prononce des soupirs très profonds, tout en exagérant, et en alternance des «ah» prononcés avec une voix portée, c’est-à-dire une voie directe et forte, vers un auditoire potentiel.»

Travail du texte : «Maria et Éric font mettre les participants en cercle et travaillent à partir d’extraits de textes. Les méthodes varient. Les patients peuvent distribuer de petits bouts de papier avec une petite phrase marquée dessus. Chacun son tour adresse son texte à une personne, puis à tout le monde. Ils peuvent travailler sur l’improvisation des mots. Le but est de créer un chœur ou les voix des patients ne se superposent pas mais s’enchaînent. Un autre point important est le travail du regard lorsque l’on dit son texte, on ne parle pas dans le vide mais à l’autre et celui-ci doit sentir sur le poids du regard de celui qui parle.»

 

La liste de ces échauffements, de ces exercices propres au métier de comédien n’est pas ici complète. Ces ateliers, à raison d’une fois toutes les deux semaines, durent une heure. «La méthode se déroule en binôme, en harmonie, sans contrainte pour les patients qui montrent tous un haut degré d’attention et de patience de travailler conçu pour intégrer à chaque séance de nouveaux patients, sans qu’il soit besoin de connaître le travail fait auparavant.»

 

«Cela me permet de m’exprimer, d’être plus détendu, d’être dans la peau d’un personnage. Le théâtre permet de faire des choses que l’on ne peut pas faire; de dire des choses que l’on n’ose pas dire quand on est timide.» dit un patient.

 

Il faut ici souligner l’apport de l’équipe du service Psychiatrie tant par la parole qui entoure et respecte tous les champs de compétences que par leur implication; une art-thérapeute, une psycho-motricienne, une infirmière participent à cet atelier, réalisent les exercices avec les comédiens, les patients. Chaque séance fait l’objet de discussions et de prises de notes ensuite utiles dans leurs rapports aux patients.

 

Sans surestimer l’importance de ces ateliers dans un espace thérapeutique, gageons qu’une présence artistique, ici et ailleurs, participent un peu à ce qu’aimait répéter le médecin-psychiatre, Lucien Bonnaffé, avec les mot de son époque : «Une société se juge à la manière dont elle traite ses fous, ses marginaux.»

 

En 2009, de courts textes de Samuel Beckett sont choisis comme matériaux de chantier théâtral pour 6 acteurs non professionnels ayant pratiqués le théâtre au sein de l’Hôpital Max Fourestier. Ce spectacle, mis en scène par Katia Hernandez, sera repris du 10 au 23 janvier 2014 au Théâtre des Amandiers. Plus d’informations sur Chantier Beckett.

 

Nul doute que le Théâtre des Amandiers et l’Hôpital de Nanterre trouveront les moyens de nourrir d’autres actions et d’autres ateliers.