Biographie

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Biographie

Alors qu'il suit un stage d'écriture dirigé par les écrivains Georges Perec, Paul Fournel et Jacques Roubaud, Jacques Jouet découvre l'Oulipo - Ouvroir de littérature potentielle -, une association de mordus de littérature fondée par François Le Lionnais et Raymond Queneau. Il en devient membre en 1983. Ecrivain prolifique et éclectique, Jacques Jouet est à la fois poète, romancier, nouvelliste, dramaturge et essayiste. Il est aussi membre de l'équipe des 'Papous dans la tête' sur France Culture. Il est également l'auteur d'un feuilleton diffusé sur Internet via sa maison d'édition P.O.L. : 'La République de Mek Ouyes'. En 2007, l'écrivain revient en librairie avec un court roman : 'Une mauvaise maire'.
Jean-Louis Martinelli a mis en scène deux de ses textes : Mitterand et Sankara créé en 2003 dans une première version puis recréé en 2008 et La République de Mek-Ouyes en 2005.

Extrait du texte

« Les personnages de cette pièce, outre moi qui parle d’art – et, je vous préviens, je suis assez intarissable (je compte sur votre endurance) – les personnages de cette pièce sont deux présidents de pays. Ce sont des personnages historiques, figurant, par conséquent, des êtres qui furent libres avant leur mort aussi attestée que le fût leur vie. J’ai dit qu’ils étaient morts, ce qui est vrai. Mais ce qui n’empêche pas qu’on parle d’eux, encore, et qu’on convoque ici pour le théâtre simple des copies, je le reconnais, bien approximatives. Il y a le capitaine président du Burkina Faso, Thomas Sankara. Il y a le président de la République Française, François Mitterrand. Entre nous, ce sont tous les deux de sacrés numéros.
François Mitterrand et Thomas Sankara. Ces deux phénomènes se sont rencontrés quelquefois, au milieu des années quatre-vingt. Et toujours, ils se sont attirés l’un l’autre, interrogés l’un l’autre, agacés l’un l’autre. Il est juste de dire que c’est plutôt le jeune Sankara qui, à ces occasions, fut en position de mordiller, parfois de mordre, les mollets septuagénaires du buffle d’apparence un peu hiératique et blasée.
Faites comme moi… fermez les yeux, quelques instants, et écoutez bien… La scène est sur la scène, et la scène représente la terrasse de la présidence, à Ouagadougou, le 17 novembre 1986. Le lieu est sobre et dépouillé. Des néons sont accrochés verticalement aux troncs des palmiers. Une longue table a été dressée. Chaque convive a devant lui trois verres. La nuit est douce, presque fraîche. Des chauve-souris dansent un ballet qu’il vaut la peine, un temps, de suivre. Leur cri est un beau cri inconnu dans les Landes. Il n’y aura pas de bande son. Ouvrez les yeux, vous êtes au théâtre, au théâtre simple. »

Apparition du théâtre simple

« Une pièce de Théâtre simple est une pièce courte (pas plus d’une heure de scène) à trois personnages. L’un se nomme le Théâtre simple. C’est un personnage théorique. C’est un personnage qui parle de la forme théâtrale et des règles de la ritualisation. Le Théâtre simple dit que le Théâtre simple est dit simple parce qu’il recourt à des moyens fondamentaux : corps, voix, parole. Lumières, décors, costumes, musiques, accessoires, n’étant à sortir que peu. Le Théâtre simple organise la circulation de la parole entre lui-même et deux autres personnages. Ces deux autres personnages ont, entre eux, une action fictive. A l’occasion, si besoin est d’un troisième personnage, le Théâtre simple intervient pour dépanner.
Les trois acteurs personnages de Mitterand et Sankara ont dans la bouche des grains de maïs. À un point précis de son texte, chacun d’eux, tour à tour, doit cracher un grain de maïs en direction d’une calebasse pleine d’eau. En cas de réussite, plouf, il continue son propre texte. En cas d’échec, il passe la parole au voisin. Il n’y a jamais deux déroulements scéniques identiques. La joute de Mitterrand et de Sankara n’est donc pas strictement identique suivant les représentations.
En particulier, on ne peut pas savoir à priori si c’est Sankara, Mitterrand ou le Théâtre simple qui aura le dernier mot. »
Jacques Jouet