Le roman de Jaroslav Hasek Le Brave Soldat Chvéïk (1920-23)

La pièce de Brecht est très librement inspirée du roman héroï-comique tchèque de Jaroslav Hasek Le Brave soldat Chvéïk, dont il reprend la figure centrale de l’anti-héros va-t-en guerre, mais dont il transpose l’histoire, qui ne se déroule plus dans l’Empire Austro-hongrois pendant la Première mondiale, mais dans la Prague occupée par les nazis de la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, bien des aspects de l’intertexte tchèque sont perceptibles dans le texte allemand de Brecht : ce roman grotesque et surréaliste qui reste, aujourd’hui encore, le symbole d’une certaine forme de résistance passive face à l’oppression et à ses institutions administratives et policières relais. Epopée burlesque dont la formule « Je vous déclare avec obéissance, mon lieutenant » est demeurée célèbre, le roman raconte la façon dont un soldat jugé  imbécile conduit l’officier dont il a l’ordonnance de catastrophe en catastrophe jusqu’au désastre final (bien que l’auteur soit mort avant que l’ouvrage ne puisse être achevé). Le personnage est souvent qualifié de « Don Quichotte de l’Europe centrale ».

Synopsis de l'oeuvre

Prologue dans les hautes sphères

David Dupuis

Prologue dans les hautes sphères

Discussion entre Hitler, Göring, Goebbels et Himmler autour d’un globe terrestre (confer Le Dictateur de Chaplin). Hitler s’interroge sur ce que le « petit homme », l’homme du peuple pense de lui. Le métatexte précise ainsi : « (…) Hitler plus grand que nature parle d’une voix plus forte que nature à Himmler, son chef de la police, plus grand que nature, de la fidélité, du loyalisme, de l’esprit de sacrifice, de l’abnégation, de l’enthousiasme présumés, de l’orientation géopolitique, etc., etc., du « petit homme » en Europe. Il a besoin de ces vertus du petit homme, car il a décidé de conquérir le monde. Son chef de la police lui assure que le petit homme en Europe éprouve pour lui le même amour que le petit homme en Allemagne. La Gestapo y veille. Le Führer n’a rien à craindre et peut partir sans souci à la conquête du monde ».

1. A l’auberge du Calice

David Dupuis

1. A l’auberge du Calice

Plusieurs personnages pittoresques se présentent à l’auberge pour y boire une chope matinale et échangent des propos de comptoir. S’engage alors une discussion entre Schweyk et Brettschneider, zélé agent de la Gestapo qui se solde par l’arrestation de Schweyk, qui a soutenu publiquement que la guerre de Hitler était une guerre de conquête et non une guerre défensive. Il est accusé de crime de haute trahison.


2. A la banque Petschek

David Dupuis

2. A la banque Petschek

A la banque Petschnek, quartier général de la Gestapo : après une longue délibération, les officiers allemands diagnostiquent la « stupidité » de Schweyk, ce qui le disculpe en atténuant en partie au moins la portée de ses propos subversifs inconsidérés. Bullinger, chef des S.S., se livre lors d’un entretien privé à une négociation trouble : il exige de Schweyk, pour prix de sa libération conditionnelle, que celui-ci vole pour lui un chien de race exceptionnel, le « grand loulou » du conseiller ministériel Vojta. C’est ainsi que Schweyk renvient triomphant au Calice flanqué d’un S.S. et fort du pouvoir que lui confère son nouveau protecteur.

 

3. De retour au Calice

David Dupuis

3. De retour au Calice

Pendant que Madame Kopecka est occupée à lire dans la main du S.S. un avenir qui le glace d’effroi et lui fait perdre toute confiance dans la cause qu’il défend, Schweyk et son ami Baloun fomentent le rapt du précieux animal.

Intermède dans les basses sphères

David Dupuis

Intermède dans les basses sphères

Hitler interroge de nouveau Göring sur l’opinion que le « petit homme » d’Europe a de lui et de son entreprise. Le métatexte précise, à propos de ce qu’il appelle le « Premier final de Schweyk » : « Le puissant Hitler, qui lors de sa conquête du monde a rencontré des obstacles, a besoin de plus d’avions, de tanks, de canons, et demande au puissant Göring si le petit homme en Europe travaillera pour lui. Göring lui assure que le petit homme en Europe travaillera pour lui exactement comme le petit homme en Allemagne. La Gestapo y veille. Le Führer n’a rien à craindre et peut continuer sans souci sa conquête du monde ».

4. Dans les jardins de la Moldau, le soir

David Dupuis

4. Dans les jardins de la Moldau le soir

Schweyk et Baloun mettent au point une mise en scène bien rodée pour abuser les domestiques qui promènent le chien du conseillé convoité par le S.S. : ils abordent Anna et Kati et, tout en entretenant un doux bavardage, parviennent à l’aide d’une saucisse à attirer à eux le chien et à le voler. Mais alors qu’ils se félicitent de leur bon coup, un agent du service du travail volontaire les surprend inactifs dans le parc et les embarque.

5. A la gare de triage de Prague, au moment de la pause déjeuner

David Dupuis

5. A la gare de triage de Prague au moment de la pause déjeuner

Les deux acolytes ont été enrôlés en qualité de trieurs de wagons au service d’Hitler. Madame Kopecka ne les oublie pas, et leur apporte à déjeuner. Une bonne occasion pour rappeler à Schweyk qu’il doit récupérer le chien compromettant caché chez elle et dont la disparition fait la une des journaux. A la reprise du travail, Schweyk parvient à faire de la résistance passive en déjouant la vigilance du S.S chargé de le surveiller : faignant de collaborer, il fait tant et si bien qu’il parvient à lui embrouiller la tête à force de moyens mnémotechniques de mémorisation des numéros de wagons ; le réseau en est désorganisé.

6. Le samedi soir au Calice

David Dupuis

6. Le samedi soir au Calice

Baloun, tenaillé par la faim, avoue aux domestiques qu’il s’est rendu complice du vol du chien. C’est alors qu’arrive Schweyk, un paquet dans les mains : il s’agit de viande d’origine douteuse destinée à régaler la compagnie. Entrent alors Bellington et Brettschneider, bien décidés à faire main basse sur le chien, mais en vain. Ils embarquent cependant Schweyk, invoquant des supposées preuves qui l’accablent de ce larcin.

Intermède dans les basses sphères

David Dupuis

Intermède dans les basses sphères

Von Bock informe Hitler de l’arrivée de l’hiver, qui risque de bloquer la progression des troupes sur le front Est et de paralyser jusqu’au ravitaillement. Le paratexte parle, à propos de ce « Deuxième final de Schweyk » : « Hitler, soucieux, qui est tombé sur l’hiver russe, a besoin de plus de soldats. Il demande à Goebbels si le petit homme en Europe combattra pour lui. Goebbels lui assure que le petit homme en Europe combattra pour lui exactement comme le petit homme en Allemagne. La Gestapo y veille ».

7. Cellule de prison militaire

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7. Cellule de prison militaire

Les détenus attendent d’être jugés par le conseil de révision. Ils pensent tous pouvoir se faire réformer en invoquant quelque tare cachée, mais le médecin militaire, les surprenant à chanter dans leur cellule, les fait tous enrôler, y compris les plus diminués.

8. Des semaines plus tard, dans les steppes hivernales russes, non loin de Stalingrad

David Dupuis

8. Des semaines plus tard dans les steppes hivernales russes, non loin de Stalingrad

Schweyk, pris d’hallucinations et rêvant au Calice, arpente désespérément la campagne russe, vaste champ de bataille dévasté par les conflits et la rudesse du climat, à la recherche de la route de Stalingrad. Il tombe nez à nez avec Hitler défaut, vaincu, désorienté, qui cherche également son chemin. Dans une version de l’épilogue, Schweyk le fait prisonnier ; dans la seconde, il se contente de s’entretenir avec lui de la défaite. Le paratexte est assez lapidaire sur cette fin ouverte, et mentionne : « C’est aussi au fond des steppes orientales que le brave soldat Schweyk rencontre personnellement Hitler, son Führer. Leur entretien dans la tempête de neige est bref et sera presque englouti par la tourmente. Le contenu de l’historique entretien est que Hitler demande à Schweyk le chemin de retour ».