A propos de la scénographie de Médée
Si on veut, nous dit Max Rouquette, l’espace du jeu nécessaire à cette tragédie, pourrait se réduire à la couverture rouge derrière laquelle apparaît Médée pour la première fois.
Aux confins de la ville, Médée la paria, occupe l ‘espace aride d’une ruine dans un terrain vague, plus de portes, plus de fenêtres, juste une couverture rouge…
C’est entre deux espaces extrêmes, la ville et l’immense au-delà du terrain vague, que nous avons posée, en équilibre, la fragile couverture, le pauvre univers où vit Médée.
Ce pourrait être en périphérie d’une ville africaine, la banlieue de Ouagadougou, où tentent d’exister des morceaux d’humanité, accrochés encore à la ville, tendus vers elle, mais déjà presque lâchés par elle, avant d’être tout à fait engloutis par la poussière…
Murs effondrés, murs remontés, briques en tas abandonnées depuis des siècles à moins que déposées la veille.
Reconstruction ou archéologie, les yeux brûlés par la poussière rouge et la misère, on ne fait plus la différence.
De cet espace concret la scénographie se dilate vers les espaces extrêmes de la ville, vers la salle, atténuant la limite avec le plateau que l’on peut rejoindre de plain-pied, et, à l’opposé vers l’image d’une immensité désertique qui, absorbant le regard le projète dans la dimension irraisonnable, fantasmatique et magique de Médée.
Au bord du chaos, Médée lance sa terrible vengeance entre l’espace des vivants et celui des morts, là où cohabitent les fétiches et les petites cuvettes de plastique bleu.