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Entretien

Propos recueillis par Barbara Turquier, mars 2016.

À un stade antérieur du projet, la pièce s’appelait Custodian of a Man (littéralement « La Gardienne d’un homme ») et racontait l’histoire d’un boxeur blessé et de sa jeune infirmière. Qu’est-ce qui a changé entre cette première version et The Evening ?

Au départ, j’avais cette histoire d’un pratiquant d’arts martiaux mixtes d’un certain âge et de sa relation ambiguë avec sa jeune garde-malade. J’avais aussi d’autres personnages, comme une sorte de promoteur. Je cherchais la bonne combinaison entre les personnages et les acteurs pour raconter cette histoire, qui faisait librement référence à Dante. Du coup, je ne sais pas… La fille est devenue plus âgée, elle s’est transformée en serveuse et en prostituée. Un acteur a interprété le boxeur, et le rôle est resté à peu près le même. Et quand Jim Fletcher a rejoint l’équipe, il a incarné un mélange de ce promoteur et de l’agent. Depuis le début, j’avais un groupe de rock, parce que j’écrivais de la musique. Ils interprétaient des personnages à différents moments, mais en fin de compte c’est simplement devenu un groupe qui joue dans un bar.

Pourquoi avoir choisi le MMA (sport de combat complet réputé pour sa violence), parmi d’autres types de combat ?

Je cherchais quelque chose qui paraisse contemporain, et qui dépasse le sport. J’aime l’idée du combat ultime car cela va au-delà de la compétition. Il y a une dimension guerrière. J’ai aussi été frappé par l’image d’un homme que j’ai vu dans la rue à Toulouse, à la fenêtre du deuxième étage d’un immeuble, le bras dans une écharpe. Comme je sais que ce type de combat est populaire à Toulouse, j’ai eu ce fantasme d’un homme qui serait un pratiquant de MMA en convalescence. Un personnage en est sorti.

Comment est-ce que La Divine comédie de Dante a inspiré The Evening ?

Ce qui m’a d’abord intéressé chez Dante, c’est sa description de l’enfer comme un endroit concret, avec une topographie très réelle. J’étais surpris de voir à quel point on l’acceptait à l’époque comme un véritable lieu, presque comme une nation. Cela m’amuse de penser que si c’est un lieu, il faut qu’il soit géré, qu’il y ait des infrastructures… Donc c’est en tant que site, en tant que lieu pour l’histoire, que cela m’a attiré. J’aimais aussi l’idée du voyage à travers différents paysages, vers la rédemption. En fait, je me suis aperçu en travaillant que je n’aimais pas tellement Dante. Ça a été vraiment dur de l’admettre, mais cela ne me pose plus de problème maintenant. Donc c’est une relation assez lointaine. Quand j’ai commencé l’écriture, essayer d’écrire dans l’ombre de Dante était très oppressant. Je raconte une petite histoire dans la pièce : pendant les derniers jours de la vie de mon père, j’étais tellement frustré par ce livre que je l’ai brûlé. Parce que je sentais qu’il me définissait. Je me disais que si je le brûlais, cela aurait une valeur ou une utilité symbolique.

Est-ce que ça a été le cas ?

Qui sait… Je pense que c’est en fait la mort de mon père qui a donné à la pièce sa forme et son objet véritables. Il s’est éteint pendant que je répétais la pièce. Je me suis dit que je devais soit laisser tomber le projet, soit intégrer cet événement à la pièce. Parce que j’étais incapable de travailler sur quoi que ce soit d’autre. Ça a été un tournant.

L’œuvre de Dante implique un mouvement vers la rédemption. En même temps, le titre The Evening évoque la fin des choses. Vers où diriez-vous que s’oriente la pièce ?

Le titre est en fait une référence directe à Dante. La Divine comédie commence au crépuscule du Vendredi saint et s’achève le dimanche de Pâques. Cela fait trois jours. Je sais maintenant que je vais faire une trilogie, il faut juste que je décide de l’ordre. J’écris une pièce que j’appelle aujourd’hui Guardian of the Shrine. Et j’ai déjà écrit une autre pièce, qui s’intitule Samara, et qui fera partie de cette trilogie. Je pense que l’ordre sera le suivant : The Evening, Guardian of the Shrine et Samara. Les titres changeront peut-être.

Comment avez-vous conçu le décor ?

Sascha van Riel, la scénographe, et moi voulions centrer l’action dans un bar. Nous voulions que ce soit un espace vide et quelconque, qui ait la forme d’un bar. Nous avons en effet un bar, avec des tabourets, des tables, des lampes, une scène pour le groupe de rock.

Vous avez dit que la musique faisait partie de l’écriture de la pièce. Comment faites-vous intervenir le groupe dans la pièce ?

Je savais que je voulais beaucoup de musique : avec une expérience aussi dramatique, je sentais que j’en avais besoin. C’est une de mes habitudes de mettre de la musique dans mes spectacles. Cela fait tellement partie du théâtre tel que je le conçois que je ne vois pas pourquoi je m’en passerais. Et ces chansons font partie de la pièce. Elles racontent une autre partie de l’histoire que le texte ne peut pas raconter, elles montrent les corps autrement que le texte.