Vous êtes ici:
Accueil » Saison 2012-2013 » Pays natal » En savoir plus

Brochure 17-18 en ligne ! Venez faire la fête le samedi 17 juin…

En savoir plus

Note d’intention

Parler de la Grèce, pays partagé entre son passé glorieux et son avenir incertain. Parler de la Grèce, destination touristique tandis qu’une partie de sa population quitte sa terre natale et émigre vers d’autres lieux. Quelle est la Grèce d’aujourd’hui ?

Un pays qui subit une crise d’identité, certainement plus profonde qu’une crise économique. Un pays qui renvoie à de nombreux clichés et qui se définit lui-même à travers le regard des étrangers.

Mais le théâtre n’est pas le JT de 20 heures, il n’est ni un documentaire, ni une recherche sociologique. Explorer notre Pays natal, c’est affirmer la volonté de traiter de thèmes plus universels : une définition de la patrie et de notre identité, forte de nos expériences personnelles, de nos perceptions, de nos propres préjugés; les limites que ces préjugés imposent à la communication et la joie de pouvoir les surpasser.

Evoquer notre Pays natal c’est aussi partager notre histoire intime, personnelle, humaine. Au-delà des représentations, nous convoquons le sensible.

Une des sources d’inspiration de notre spectacle est l’œuvre de Dimitri Dimitriadis, Léthé. Un texte poétique, existentiel, qui parle du besoin d’oublier pour progresser. La valeur de l’oubli pour un pays comme la Grèce, dont l’identité est fondée sur un passé colossal et institutionnalisé, semble hérétique. En parcourant d’autres écrits de l’auteur, mais aussi en l’interrogeant lui-même, nous avons compris que l’attachement de ce pays à son passé se trouvait au cœur de sa réflexion. Notre processus de création relève d’un travail d’écriture issu de nos improvisations. Nous retraversons les clichés que chacun porte sur la Grèce et interprétons la distance qui les sépare d’une vérité. Ainsi naissent dans Pays natal, des personnages aux perceptions différentes qui, soit par hasard, soit volontairement, se rencontrent et tentent de communiquer.

Le fil du récit est parfois entrecoupé d’images, parfois réalistes, parfois absurdes, qui mettent en lumière l’absurdité de leur quotidien. Telle est notre histoire.

Les langues française et grecque se mêlent et résonnent ensemble. L’adresse directe au public ébranle la ligne rouge qui sépare la scène de la salle et nous aide à voler à la réalité un peu de sa vérité. La parole de Dimitri Dimitriadis demeure omniprésente tel un commentaire onirique, un contrepoint lyrique, qui donne aux relations réalistes des personnages une dimension métaphysique.

 

Dimitris Daskas et Pierre-Marie Poirier, juin 2011

Nous et les Grecs

De Dimitris Dimitriadis – Extraits

 

Nous, habitants de cette région géographique, n’avons que le droit de regarder les Grecs comme si nous leurs étions étrangers.

Les regarder comme s’ils étaient des étrangers.

Nous-mêmes comme des non-Grecs.

Considérés comme des non-Grecs, que sommes-nous?

Des habitants d’une région géographique, jadis habitée par des gens qui avaient essayé de devenir quelque chose. Leurs efforts et ses fruits les avaient rendus Grecs.

Nous ne faisons aucun effort similaire. Parce que nous croyons que nous sommes Grecs.

Nous ne sommes pas Grecs.

Nous ne sommes rien.

Seule cette certitude produit de l’énergie, motive, pousse à l’effort d’arriver au but.

Le fait que nous parlons la même langue, ça ne veut rien dire non plus. Il faut réfléchir à une langue avant de la parler. Je pense à une langue d’abord et après je la parle. Ici, qui pense à la langue ? Quel habitant de cette région géographique parle la langue parce qu’avant tout il y pense ?

Le fait que nous vivons sur les mêmes terres ne signifie rien. En fait, nous sommes accueillis. Le fait que dans les fondations de nos maisons se trouvent enterrées les maisons des tragédiens antiques ne signifie rien. Ce n’est pas suffisant pour faire de nous des tragédiens ou des descendants et des continuateurs des tragédiens antiques

Le fait que notre balcon donne sur l’Acropole ne veut rien dire.

La vue n’est pas une garantie d’identité.

Ce qui est grec n’a rien à voir avec des butins de fouilles et des revendications d’antiquités.

Nous avons épuisé les mers, les îles, et les montagnes aux affiches géantes.

Nous n’avons rien et nous ne sommes rien.

Dans ce rien l’annonce la plus réjouissante est prononcée, l’unique réelle annonciation.

Que dit-elle?

Elle dit: Voilà le vrai départ, en route, tout est possible, dépiégez-vous, désengagez-vous, osez le dégagement des mensonges et des masques, n’ayez pas peur, il y a aussi d’autres personnes et d’autres narrations, passez des stéréotypes à la boue brute, du regard glacial au regard plongé dans l’abîme. Formez le feu.

Terrible exigence.

Elle demande de la créativité.

Du risque. De l’audace.

Elle demande de la vie.