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La billetterie du théâtre sera fermée du 14 juillet au 21 août inclus. La réservation par internet reste ouverte !

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République du Congo – Quelques repères chronologiques

La République du Congo est un pays d’Afrique Centrale de 342 000 km2 comprenant environ 3 millions d’habitants.

« Avant » : L’actuel territoire de la République du Congo se partageait entre les royaumes Kongo, Téké et Luango.

1482 : Diégo Caô, explorateur portugais est missionné par le roi du Portugal, Jean II pour explorer les côtes d’Afrique. Il est le premier européen à passer l’embouchure du fleuve Congo.

1880 – 1881 : L’officier Pierre Savorgnan de Brazza, explorateur français d’origine italienne, remonte le bassin du Congo. Il propose à Makoko de Mbé, roi des Tékés, de placer son royaume sous protectorat français. Le Roi Makoko, signe un traité, permettant un établissement français à Mfoa sur le Congo, endroit appelé Brazzaville dès le 1er juillet 1881.

26 février 1885 : Fin de la conférence de Berlin où les pays européens divisent et se partagent l’Afrique. À l’initiative du Portugal cette conférence est organisée par Bismarck et l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie, la Suède, le Danemark, la Norvège, la Turquie, les États-Unis y participent. Au nord-ouest du fleuve Congo, la France s’arroge les terres qui correspondent au territoire de l’actuelle République du Congo.

27 octobre 1940 : Devenue capitale de la France libre, Brazzaville accueillit, en 1944, la Conférence de Brazzaville des forces de la France libre avec à sa tête le Général de Gaulle et des représentants des colonies africaines françaises, à l’ouverture de laquelle le Discours de Brazzaville fut prononcé.

15 août 1960 : Le Congo accède à l’indépendance, l’abbé Fulbert Youlou est élu président de la République.

31 décembre 1969 : Le capitaine Marien Ngouabi devient président, proclame la République populaire du Congo et instaure un régime communiste.

5 février 1979 : Le colonel Denis Sassou Nguesso accède au pouvoir une première fois.

25 février-10 juin 1991 : Conférence nationale qui inaugure une transition vers la démocratie. Retrait des militaires cubains de Pointe Noire.

15 mars 1992 : Pascal Lissouba devient le premier président élu au suffrage universel avec 61,3% des voix.

1993-1994 : 1ère Guerre civile qui oppose les milices de Pascal Lissouba – « les Cocoyes » – aux milices de Bernard Kolelas – « les Ninjas ». Pascal Lissouba conserve le pouvoir.

15 octobre 1997 : 2nd guerre civile. Les milices de Denis Sassou Nguesso – « les Cobras » – soutenues par l’Angola et financées par Elf, s’opposent aux « Cocoyes » et prennent Brazzaville. Les affrontements se poursuivent.

29 décembre 1999 : Accords de Brazzaville entre les factions armées.

20 janvier 2002 : Denis Sassou Nguesso accède à la présidence qu’il conserve jusqu’à aujourd’hui. Il aura au minimum gouverné le pays pendant environ 27 ans.

Le Socle des vertiges, extraits

Mouléké, petite bourgade derrière la chaumière de la boulangerie Bouétambongo où s’arrête l’arrondissement quatre de Brazza la verte, les loubards qui y sortent viennent jouer les petites frappes dans le dernier chaudron de la ville nord appelé le quartier des Crâneurs. Arrivent les années quatre-vingt-dix, et la tendance des armes à feu prend le dessus sur tout avec l’approche des guerres civiles, alors qu’on est encore une réserve à protéger, une espèce à part. Nous avons un secteur qui fait des belles entrées côté grabuge. Les rues vivent en ébullition, de l’ambiance à tous les carrefours. Du cinéma gratuit comme on disait, des matinées sans billet, avec cent millions de hourras dans la poussière et la hargne du soleil qui réveillent nos remugles de chairs sauvages en incitant les bagarreurs à un nirvana de violence certaine. Ce cinoche porte ouverte n’est autre qu’un combat phénoménal qui garantit la vie dans nos rues comme jamais exister n’a su s’expliquer. Faut pas compter sur la police pour tout remettre sur les rails.

C’est la faute à l’ennui si aujourd’hui nous sommes tombés par terre, elle était la base de notre rage en quête d’identité. On naissait dans des taudis sans eau ni électricité, pas de soins et moins d’école pour pas d’instruction, en face on avait la télé, la Redoute, les cartes postales de France, et les fils à papa. En fin de compte on a voulu se fabriquer après une brève irruption dans un vidéo club le temps de quelques westerns de plus, ou au bar « vis à vis » en matant les putes qui se faisaient rosser par leurs maquerelles. On allait pister chez Tantine Jacquie les zinzins du centre ville en mal de chaleur sur quelques chairs sauvages du quartier. Après un match de foot à la télé, l’oeil blême à convoiter le pied de Roger Milla, on se disait « viendra un jour où on se farcira la gueule du monde ». Maradona dans le coup, faut croire, avait une importance capitale puisqu’il nous mettait l’eau à la bouche. On se fabriquait chacun cherchant sa route, chacun prenant son pied.

Qui n’a pas raconté qu’au départ on était moins que des sandales, des marches pieds, des essuis merde ? On nous écrasait avec une dose de crachat qui ponctuait l’action, et comme nous avons un forfait de « merci » nous y allons en bon nègre jusqu’à ce que s’amenuise le jour pour pleurer dans nos tanières. Ultime alternative : demander couverture à un vieux taulard. Seulement le règlement du secteur stipule avec exagération qu’on pouvait être bleu dans les Crâneurs dix, quinze ans, le temps n’a aucune importance chez nous, en attendant que les seigneurs de la brousse, autrement appelés les zinzins du centre ville, examinent ton affaire. C’était des grands du quartier, chefs de bloc, propriétaires et chefs de tribunaux traditionnel, seigneurs de la parole et de la raison, confectionneurs de l’action propagandiste du gouvernement sens-unique, vicaires honorifiques de l’Etat. C’est à ces antiquités qu’il faut s’adresser si tu veux passer grosse pompe, Anti-merde, gérant d’une contrebande, mac pour dix putes, organisateur de combats truqués, coach d’une équipe de foot, gageur, bretteur de sous, colosse à moitié taré, falbalas en retrait, petit espion de mes deux, balance pendant la guerre des gangs, parce que ces vielles canailles alimentaient la ville par le biais des gros bras qu’ils tuyautaient sur des combines pourriment juteuses. La foutaise en ordre.

Un mec qui se pointe dans nos bords et la mise est cautionnée. T’es le bienvenu en enfer, tu ne dégaines aucun chouya, on te somme de te farcir la première pétasse venue. Et le lendemain tu te retrouvais en train de tailler la pipe à un vieux bonnet sans savoir comment ni pourquoi. Et toutes tes billes passaient par là. Tu payais et ton droit de marcher sur la terre des seigneurs et celui de la boucler. À la fin quand ils auront fini de faire de toi un « As » assez lâche pour laisser aller les affaires courantes, ils te bombardent à un poste croquignole dans un bidon ghetto. Pour les directeurs d’écoles et autres farfelus de la fonction publique en costard à mille dollars c’était du jackpot clandestin. On ne leur demandait pas de fermer les yeux, l’Etat savait y faire, mais de se teindre à la couleur locale, et que tout se radine.

De mon temps les gosses arrachaient les diplômes comme des gorgées de bières et en attendant peut être un siècle pour finir le stage de diplômé sans emploi ils assuraient à la terreur. Et maintenant s’ils ne sont pas braconniers au ministère des eaux et forêts c’est qu’ils sont braqueurs de banques. Bref ! Pas besoin d’apporter du cirage noir sur le plus ténébreux de nos crépuscules. Mouléké et Crâneurs n’ont jamais cousu le coton ensemble. Y avait toujours un qui prenait la pute par la culotte. Deux secteurs jumeaux qui n’ont pas arrêté de se bouffer le cordon ombilical si tôt que l’ennui s’emmène.

Ma mère descendait de ses animaux qui avaient traîné la civilisation dans la rue, vu que maintenant tout y était, les dieux, les êtres, les biens et les idées. La rue avait fini par tout gagner. Par respect on devait à ma mère, Jane, le courage de nous avoir mis dans un monde qui ne lui conférait aucune grâce. Elle tardait, faut croire, parce que moi à sa place j’aurais bu le bouillon. Mon père quant à lui était un homme qui venait de trop loin pour se brancher à la sociologie du secteur. Indissoluble aux tendances sectaires, il faisait partie de ces hommes qui trimbalent leur passé dans la poche de la chemise comme une vieille carte de baptême salie au verseau par la signature à répétition du denier de cultes. « Nous avons le devoir de ne pas disparaître, même lâches restons en vie. Nous venons de trop loin pour s’éteindre. Kongo dia Ntotéla c’est pas la porte d’à côté, c’était un empire cousu de têtes de vipères ». Mon père était un homme qui lisait beaucoup pour ne pas regarder la vie en face. Il s’était assis dans Mouléké, vers le marché de Dix Francs, il avait planté une maison en étage autour de son ombre pour clôturer ses problèmes et invita ma mère à gagner cette intimité. Mes cousins, Maza, Adave, Faustin et Big Gogo, rentraient dans notre vie comme un accident surprend une mort qui traîne et aujourd’hui s’ils n’ont eu de cesse à gérer notre existence c’est qu’ils ont été appelés pour confectionner la genèse avec ceux qui nous ont précédés.

Je passais le gros de mon temps dans les Crâneurs entourés de quelques futurs lascars : Landresse, Milandou, Franck, Nono, Saint Mpika Vert, Chérémy, Ndoula, Hugues. Les filles c’était de la fiction, nous les inventons pour jouir. Le sexe coûtait tellement cher qu’on se contentait de l’illusion. Des fois qu’on allait à la chasse aux culottes courtes, dès qu’on découvrait un arrivage de minettes stockées dans une zone approximative avec l’inscription « en solde » gravée sur leurs front, il nous fallait rapiner, vendre tout ce qui s’ennuyait à la maison. Les filles étaient mystiques, voilà ce qu’on appelait de la motivation, ça venait toujours d’ailleurs, ces êtres-là. Aucun parent n’était assez sot pour faire pousser une fille dans les parages.

Le Socle des vertiges, note d’intention de mise en scène

J’aborde une scène qui ressemble à une fabrique, où les gladiateurs ont crevé leurs javelots, et les sorcières ne cessent de battre de l’argile pour fabriquer des potions et des filtres en scaphandre humain, où les femmes habillent les hommes de bois. Un jeu sardonique qui commence au détour des spectateurs, virevolte à la première modulation d’intention qui fait naître la dramatisation, un rythme saccadé s’adonne et le tout se bat à la mesure de cette injonction. Arrive la vitesse de croisière, sauf qu’avant le dénouement de chaque scène un tableau parasite s’infiltre dans le précédent pour le voir caricaturer et sortir de sa nature de jeu. Le jeu se poursuit à cette ultime convention, drainée par la musique, enrobée par des ambiances sonores et endurcie par des matériaux qui s’érigent sur la scène, sculptures, tableaux, phrases. L’acteur trouve son répondant dans le virtuel, images filmées et projetées sujettes à trahir la pensée de l’acteur et non du personnage. Une manière de partager la distance que le jeu octroie au jeu, à la scène et à sa relation avec le public. Détacher la pensée de l’intention du jeu. L’acteur doit jouer son personnage et les spectateurs lire le cheminement de sa construction.

J’élabore une relation que j’intitule « entrée-sortie » dans le corps de l’autre entre les comédiens sur le plateau qui doivent non pas s’accaparer l’histoire de l’autre mais voler son interprétation pour le faire respirer, comme au relais, et donner au fur et à mesure sa touche particulière dans la convention pour à son tour être volé par un autre. Cinq comédiens, sinon quatre et un régisseur plateau se mettant en scène, tournent autour du texte. Il faudrait au préalable magnifier le texte comme une sculpture, un objet plastique, posé, à un endroit précis et visible du plateau et des spectateurs. Deux comédiens principaux interprètent respectivement les rôles Fido, Roger, pendant que les deux autres s’activent à les récréer en des choses à l’aide du régisseur plateau pour les voler ensuite en les interprétant. Le vol du personnage doit être progressif, d’abord le vol du comédien, il doit être gluant en partant de l’argile battue, de la sueur du comédien, et de sa pensée traduite par la vidéo. Le glissement doit être tangible, toujours circulaire, jusqu’à le faire accepter comme une évidence. Cette ritournelle gagne en intensité à chaque fois que la gamme du saxophone gagne une octave. Cette musique fait mettre le corps en rotation, fait naître une chorégraphie intuitive.

Je propose un jour qui dure le temps d’une série de saisons à repousser sans cesse la nuit. Un soleil sur le plateau, une chaleur chronique, une fièvre pêchue. Des couleurs vives, des fulgurances, beaucoup d’éclats. Comme si le plafond lui-même était une poêle sur le feu et la scénographie le foyer ardent et les personnages le coeur même de la fournaise.

 

Dieudonné Niangouna

Le Socle des vertiges, la Compagnie Les Bruits de la Rue

En 1997, pendant que la bêtise humaine brûle leur pays, deux frères de sang, de nom et de scène, Dieudonné et Criss Niangouna inventent une pratique de jeu théâtral, une forme de résistance, qu’ils baptisent « le big! boum! bâh! ». Son principe : construire un jeu qui commence, mine de rien, au détour des trois coups du théâtre et finit par prendre de l’ampleur, accentue son rythme jusqu’à l’explosion. Ensuite vient le silence brutal. Un blanc. Une minute hors théâtre, hors-jeu, mais jeu contre jeu quand même. Puis le principe recommence à zéro. La scène qui suit n’a rien en commun avec la scène précédente pour aboutir à une perpétuelle recréation du jeu dans un même espace.

Aujourd’hui, le « big! boum! bâh! » a donné naissance à la compagnie Les Bruits de la Rue qui fait ses débuts sur scène avec la pièce Carré Blanc, présentée, entre autres, au Festival International des Francophonies en Limousin en septembre 2002.

S’en suit une collaboration artistique avec la compagnie Eulalie de Rouen dirigée par Sophie Lecarpentier qui donne naissance à la co-production Patati Patatra et des Tralalas de Dieudonné Niangouna mise en scène de Sophie Lecarpentier, créée à Brazzaville, Paris et Kinshasa. La pièce est jouée 36 fois : 2 fois dans les deux Congo, et 34 fois en France (Scène Nationale de Macon, Scène Nationale de Besançon, etc).

En 2003, Les Bruits de la Rue crée Intérieur-Extérieur (version sur la route), texte et mise en scène de Dieudonné Niangouna à Vitry sur Seine.

En 2004 la compagnie est invitée à la troisième édition des résidences d’écriture et de création « Récratrales » à Ouagadougou (Burkina Faso) pour créer un spectacle. De là est né le texte de Banc de Touche écrit par Dieudonné Niangouna, et une première expérience de mise en scène par Emmanuel Letourneux. En fin Juillet 2005, la compagnie décide de recréer Banc de Touche à Brazzaville dans la mise en scène de l’auteur.

De 2004 à 2007, la compagnie va mettre en place un projet de chantiers d’expérimentation théâtrale sur la pièce Dans la solitude de champ de coton de Bernard Marie Koltes, mis en scène par Dieudonné Niangouna. Ce projet qui part en tournée en septembre 2006 au Festival International des Francophonies à Limoges jusqu’en en mars 2007 à Bologne en Italie, en passant par les Centres culturels français de l’Afrique de l’Est, de l’Afrique Australe, et de l’Océan Indien.

En 2006, la compagnie présente Banc de Touche au Tarmac de la Villette pendant tout le mois de juillet.

En 2007 à l’invitation du directeur du Festival d’Avignon, Vincent Baudriller, Dieudonné Niangouna et Les Bruits de la Rue créent Attitude Clando. Cette création est jouée près d’une soixantaine de fois en Afrique, en Europe et en Amérique Latine.

Pour la seconde fois la compagnie Les Bruits de la Rue est présente au Festival d’Avignon en 2009 avec Les Inepties Volantes, un texte et une mise en scène de Dieudonné Niangouna avec la collaboration artistique de l’accordéoniste Pascal Contet.

La compagnie est partenaire du projet Les carnets Sud / Nord, dirigé par le metteur en scène Jean-Paul Deloré et est membre fondateur Festival International de Théâtre Mantsina sur Scène à Brazzaville.