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Attention nouveaux horaires : les intégrales de Notre Faust, saison 2, du 29 mars au 1er avril, auront lieu à 19h !

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D’après Sebastian Kaiser, juillet 2009

Heiner Müller disait que la base de la perversion stalinienne réside dans le fait que Marx et Engels ont exclut le sous-prolétariat (ou « prolétariat des gueux ») du mouvement révolutionnaire.

 

Après la Révolution d’Octobre, le nouveau mouvement du culte du prolétariat avait bannit les textes d’Anton Tchekhov des théâtres pour ouvriers et soldats. On lui reproche d’avoir écrit dans un milieu bourgeois et, par conséquence, de ne pouvoir s’adresser qu’à un public bourgeois.

En réalité, depuis son séjour d’un an au bagne de l’île Sakhaline, il ne connaît que trop bien la situation des défavorisés de la Russie tsariste. Dans sa nouvelle Les Paysans de 1897, il présente le prolétariat russe : il râle, bois, il est grossier et rugueux, analphabète et inculte, quasi une « bête ». Dans des passages inédits des Paysans, dont une partie paraîtra dans la journal 14 du Théâtre Nanterre-Amandiers, apparaissent à côté de la misère rurale celle de la vie urbaine moscovite : manque de logements et prostitution – un panorama d’exclus.

 

Puis, essentiellement sur la Krim, Tchekhov écrit les drames qui aujourd’hui dominent le théâtre « bourgeois ». Les textes sont crées dans une phase historique de transition et montrent un pays paralysé qui, au début du 20ème siècle, est en attente d’un changement. L’aristocratie jouit encore de ses privilèges, une oligarchie d’industriels et de propriétaires terrien se partagent le pays. La paralysie est symbolisée par « les trois sœur » Olga, Maria et Irina. Il y a un an, leur père, un général de haut grade, est mort. Maintenant elles vivent dans sa maison dans la province et se languissent de leur ville natale, Moscou. Dans leur salon se retrouvent les piliers de la société, mais aucun n’est capable de surmonter leur léthargie.

 

Le lien entre Les Trois sœurs et Les Paysans est constitué par cette phrase clé : « À Moscou ! », formulée une fois du point de vue du prolétariat, une autre fois de celui de la bourgeoisie. Les deux textes montrent deux perspectives des mêmes faits – une fois la description du monde du prolétariat, une fois celle de la bourgeoisie.

Dans sa nouvelle mise en scène, Frank Castorf fusionne les deux textes car, par la confrontation de la « classe » des démunis avec la léthargie bourgeoise se révèle un potentiel social-révolutionnaire, formulé par Tchekhov de manière subliminale comme un aperçu sur le 20ème siècle, dans lequel on peut deviner les événements historiques à venir comme la Révolution d’Octobre. Contrairement aux condamnations des prolétaires de l’époque, avec l’auteur qu’est Tchekhov, on peut très bien se poser la question de comment se comporter face aux inégalités sociales : résistance ou soumission ? Une thématique aussi actuelle en Allemagne qu’en Russie ou en France…