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Note d’intention

Depuis trois ans, la Maîtrise de Radio France a un nouveau visage. Elle raconte, au-delà de son travail artistique d’excellence, une histoire nouvelle, que tous ces enfants, issus désormais de différentes origines, incarnent avec une présence, un engagement, une vitalité, exemplaires.

Il nous semble évident, après le travail déjà accompli depuis sa création en 2007, que ce groupe porte en lui de grandes possibilités musicales, théâtrales et scéniques.

 

Le projet proposé souhaite pouvoir raconter, à travers les mots de Laurent Gaudé et l’oeuvre musicale de Roland Auzet, l’histoire de ce nouveau visage, fait d’une multitude de visages, tous porteurs d’histoires singulières et néanmoins réunis dans un seul groupe.

 

La Maîtrise, sans se raconter elle-même, raconte l’histoire d’aujourd’hui. Elle soulève les questions des origines, des chemins, des aventures. Elle mêle les enfants, tous différents, mais tous enfants d’un même projet.

Laurent Gaudé, à travers ses romans, pose incessamment la question de l’origine, de l’héritage, de la construction de chacun à partir d’une histoire plus ancienne, de laquelle on hérite, mais qui doit être questionnée pour permettre de devenir un homme libre.

Il nous paraît évident que la Maîtrise, parce que c’est elle, peut raconter cette histoire.

Réflexion sur Mille Orphelins – Roland Auzet

Cette histoire ne tient qu’à un fil. Le nôtre. Notre façon de s’engager dans un projet où les enfants de la Maîtrise de Radio France ne feront plus qu’un groupe, à l’image des peuples du monde entier. Les enfants, vous croirez les avoir regardés, mais ce sont eux qui vous auront vus. Il faudra bien s’y faire. Leur anonymat fait d’eux et d’elles des êtres impersonnels donc authentiquement singuliers. Ces enfants ne sont ni le futur, ni le présent, ni le passé, ils proposent un nouveau visage à l’éternité de chaque instant.

 

Voilà pourquoi ces enfants semblent là pour attendre de nous tous quelque chose qui sans doute ne viendra pas sans que nous n’ayons commencé à résoudre ce qui en nous-même porte le nom d’identité. Leur mémoire est absolument neuve et pourtant, nous serons obligés de nous dire qu’ils savent tout de nous.

Les enfants ne sont pas muets mais leur langage est secret. Il est le secret de tous les secrets. Il contient tous les mondes. Il est l’étincelle initiale de toute parole vraiment vivante. Vous ne les connaîtrez pas, mais eux vous auront connus. Ils ne sont donc pas pluriels, la singularité de chacun grandira de la proximité de tous, et c’est par leur regard posé comme au réveil sur notre univers qu’ils seront en situation d’ouvrir quelques instants une brèche en nous mêmes.

S’ils vivent quelque part dans ce monde… si un sourire fend leurs lèvres…si leur regard marque un étonnement… C’est celui de constater que nous sommes encore là.

Vous croirez les avoir entendus, regardés… mais ce sont eux qui vous auront vus.

C’est de notre histoire dont il s’agit !

Dispositif et scénographie

La musique sera composée pour un choeur d’enfants, instruments et électronique et un comédien.

La scénographie partira d’un dispositif vertical articulant des panneaux coulissants offrant autant de fenêtres sur le monde pour dire et chanter. Sur ces panneaux, des images vidéo feront parties d’une narration combinée entre apparitions – musique – relation à l’image – effacement…

Extraits

Le chœur des enfants :

Nous portons notre père.

Les hommes de Gurshpakë nous suivent des yeux

Puis, nous oublient et retournent à leur tâche en haussant les épaules.

Certains ont mis leur main devant la bouche lorsque nous sommes passés

Et cela nous a surpris.

Car l’odeur de notre père,

Qui soulève en eux des hoquets de dégoût,

Nous ne la sentons plus, nous.

Le père ne dit plus rien,

Absorbé tout entier dans la contemplation du ciel qui tangue, au rythme de nos pas.

Nous gravissons les montagnes.

Pierres coupantes et éboulis de caillasses.

Mais rien n’entame notre force.

Nous montons,

Laissant le monde devenir derrière nous

Sans cesse plus lointain

Sans cesse plus petit.

Comme c’est bon de le porter sur nos épaules,

De le sentir, abandonné entre nos mains.

Lorsque nous arrivons en haut,

L’air se fait plus rare.

Nous dominons le monde

Et Gurshpakë, tout au fond de la vallée, semble un petit point oublié.

Alors nous le posons à terre,

Nous sommes arrivés.

Nous l’installons avec précaution contre un gros rocher incliné

Et il demande avec une voix lointaine.

 

Dragan Bajuk Slator :

Que voyez-vous ?

 

Le chœur des enfants :

Il est aveugle.

La gangrène l’a rongé

Et ce sont ses yeux, maintenant, qui puent.

 

Dragan Bajuk Slator :

Que voyez-vous ?

 

Le chœur des enfants :

Il demande cela avec impatience.

Que voyons-nous ?

Les cinq vallées qui se séparent en étoile.

 

Dragan Bajuk Slator :

Et au-delà ?

 

Le chœur des enfants :

Il a les yeux écarquillés,

De grands yeux gris qui ne laissent plus passer la lumière.

Nous répondons.

Au-delà ?…

Au-delà, nous voyons les cimes enneigées.

 

Dragan Bajuk Slator :

Et encore ?

 

Le chœur des enfants :

Au loin, tout au bout,

D’une couleur d’argent comme de l’acier entre les mains,

La mer.

Alors il se rejette en arrière,

Dos contre la pierre

Et il murmure,

Le visage tourné vers le ciel,

Comme s’il voulait boire ce qu’il ne voyait plus

Il murmure : « C’est bien »

Et nous sourions,

Car c’est signe que nous pouvons commencer.