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Conversation avec Moussa Sanou

La naissance du texte

Son premier séjour en France a été un choc. Il n’avait jamais envisagé entreprendre ce voyage, traditionnellement réservé en Afrique aux grands intellectuels. Dès son arrivée à l’aéroport, sans même voir Paris, il a été bouleversé par le décalage de développement. Cela a été pour lui une renaissance, l’arrivée dans un monde dépourvu de repères. Après plusieurs voyages, les choses sont devenues plus claires. Il s’est mis à regarder les spécificités françaises avec plus de recul, un peu en spectateur. Il a alors commencé à noter les perles de langage et les anecdotes.

L’idée d’un spectacle à partir de ces observations est née d’une discussion avec Jean-Louis Martinelli après la tournée de Médée en France en 2004. A la suite du récit de ses aventures à Paris, Jean-Louis lui propose de les raconter sur scène. Il présente une ébauche de spectacle dans la salle du Planétarium, devant l’équipe du théâtre, sans rien avoir écrit, sur les avantages et les inconvénients de la vie parisienne. Jean-Louis lui conseille alors d’en faire une pièce.

Le propos

Moussa entame l’écriture de Je t’appelle de Paris en se basant sur son expérience personnelle, afin de dresser un constat subjectif du fossé entre l’Afrique et l’Europe. Pour mettre en avant les singularités ou les dysfonctionnements de ces deux sociétés, il raconte par exemple le choc du climat, la jungle de la ville construite en étage où toutes les rues se ressemblent, le malaise face aux relations sentimentales exposées au grand jour, le piège des escalators ou encore l’émerveillement devant le métro parisien

Par là-même, il montre aussi que les connaissances africaines peuvent être utiles pour les sociétés occidentales. Moussa se désole en effet de l’unilatéralité de l’aide franco-africaine. La France aide financièrement l’Afrique en cas de désastre, mais elle ne se tourne jamais vers l’Afrique en cas de catastrophe sur son sol. Or, comme il est coutume de le dire, les africains n’ont rien en poche mais tout dans la tête. Lors de la canicule de l’été 2003, par exemple, leur expérience de la chaleur aurait pu nous être bien utile.

D’autre part, d’après Moussa, les africains se rendant en Europe acquièrent malgré eux un statut d’ambassadeur. Ils deviennent respectés de leurs pairs. Cependant, celui qui revient d’Europe et se plaint ou dit qu’il a souffert du fossé culturel perd ce privilège. La constante emphase dans le récit téléphonique de la pièce tend à le démontrer.

Réciproquement, les européens se rendant en Afrique renvoient une image biaisée de l’Afrique. Par manque de compréhension, leur récit est truffé d’inexactitudes.

L’écriture

Moussa a d’abord créé son spectacle à l’oral, dans la tradition africaine. Il a ensuite mis beaucoup de temps à l’écrire. Depuis 2004, de nombreuses versions se sont succédées. La version finale a été jouée au Burkina Faso au grand séminaire de Koumi et au Centre Culturel Français Henri Matisse. Le spectacle y a reçu un accueil très chaleureux.

Au départ, le texte ne comportait qu’un seul personnage qui racontait l’ensemble de l’histoire, à la manière d’un conte. Moussa s’est très vite rendu compte qu’au point de vue dramaturgique il était indispensable de faire intervenir un autre personnage. Ils seront donc deux sur scène dans la version définitive.

Un métro à Bobo Dioulasso

Le métro est pour Moussa une invention incroyable dont les parisiens devraient être très fier. Il y a tellement de tunnels qu’on ne sait plus si la ville a été construite avant ou après le métro!

Cependant, il est loin d’être parfait. Il est trop silencieux: les seules personnes que l’on entend vraiment sont les mendiants ou les musiciens. Il est aussi empli de fous à l’occidentale : des gens qui téléphonent, c’est à dire qui payent pour parler à des personnes loin d’eux alors qu’ils pourraient converser avec leur voisin, qui se cachent derrière leurs journaux ou qui écoutent de la musique tellement forte qu’on l’entend même lorsque l’on met un casque.

Le métro en Afrique serait un lieu de rencontre, mais aussi un vrai capharnaüm! Personne ne prendrait de ticket, ne se presserait pour charger de gros paquets, ne respecterait l’interdiction de cracher ou le signal sonore du départ.

Mais il en rêve quand même, parce que le développement pèse beaucoup. L’ensemble de la troupe de bukinabés de Médée est ainsi arrivé à l’aéroport le jour du départ avec des centaines de kilos de machines, dont ils ne connaissaient pour la plupart pas l’utilité. Ils savaient tous très bien qu’ils ne pourraient les emporter, mais étaient ravis de penser qu’ils en avaient été propriétaires pendant quelques heures.

Les Africains qui viennent en France voudraient continuer de vive dans le luxe, mais ne pourraient supporter l’éloignement trop longtemps. Le rêve serait donc pour eux de transposer ce faste en Afrique. Comme le métro à Bobo Dioulasso!

Expériences théâtrales en France et au Burkina Faso

Les comédiens n’ont aucune reconnaissance au Burkina. Des structures existent mais les subventions sont rares, et elles proviennent souvent des ONG. Une grève de comédiens n’y aurait aucun sens car les populations ne savent même pas qu’ils existent.

Moussa a pu expérimenté le fossé entre les conditions en Europe et en Afrique lors des tournées en France de Mitterrand et Sankara et Médée. Au Burkina, les comédiens en tournée doivent balayer la scène, se débrouiller sans projecteurs et trouver tout seul où manger et où dormir après le spectacle, quitte à investir la scène elle-même ou une salle de classe voisine.

Il veut néanmoins donner envie aux occidentaux de venir tourner leurs spectacles au Burkina. Pour cela, il va créer à Bobo Dioulasso, un festival de musique, danse et théâtre nommé SYABEN, qui signifie union en Bobo et en Dioula, les deux dialectes de la ville. Il présentera lors de la première édition les spectacles Médée et Je t’appelle de Paris.

 

Carole Willemot, 27 octobre 2009