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Attention nouveaux horaires : les intégrales de Notre Faust, saison 2, du 29 mars au 1er avril, auront lieu à 19h !

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Présentation

« Phèdre est une pièce d’une cruauté et d’une force inouïe où tout ce qui est dit se fait dans l’instant, sans aucun espace pour la réflexion psychologique. Il ne s’agit que d’héritage, de destin auquel on ne peut échapper. C’est avec ces deux aspects en tête qui sont le ferment de cette même tragédie que je me suis lancée dans la mise en scène de Phèdre.

Sénéque nous plonge dans un univers où la parole est le vecteur de la tragédie, Florence Dupont traduit cette pièce quasiment comme un chant. D’où l’importance pour moi de la musique. Le prologue qui est une immense ode à la nature et à la chasse, l’acteur le chante, de même que le choeur est chanté, j’entends « chanté », dans le sens où les acteurs se servent de la musique intrinsèque de la langue.

Pour mettre en scène Phèdre, il me fallait un espace scénique qui fasse appel et à la mythologie et à la modernité. Je suis partie de l’histoire même de cette famille. Phèdre est reine, elle vit dans un palais qui devient le labyrinthe de ses passions. Le labyrinthe est donc l’élément constitutif de la scénographie. Cet espace, composé de pots dorés qui se décline à la façon des colonnes de Buren et extrêmement architecturé au début de la tragédie, se fissurera jusqu’à devenir un véritable champs de bataille.

Pour moi, Phèdre est l’histoire d’une femme qui se rend maîtresse de son destin grâce à la tragédie. C’est en imitant sa mère dans ses amours monstrueuses, en courant vers une mort certaine qu’elle se libérera de son histoire, de sa condition sociale, de sa famille, de ses peurs. »

 

Julie Recoing

 

Les tragédies de Sénèque montrent des hommes qui franchissent les limites de l’humanité et se métamophosent en héros monstrueux; ils sortent de cette nature humaine qu’est pour les Anciens la civilisation. C’est pourquoi ce théâtre n’est pas psychologique mais véritablement tragique.

Au début de l’action, le héros est accablé sous un malheur sur-humain sur le point de l’anéantir, le dolor. Il a à choisir entre sombrer dans l’abjection ou combattre son malheur en demandant à la folie, le furor, les forces nécessaires. Ce furor lui vient de sa mémoire, personnelle ou familiale, elle lui offre des modèles héroïques et criminels, auxquels il s’identifie puis qu’il dépassera. Le furor lui permet de se retrouver en commettant un crime contre nature, le nefas, un crime contre l’humanité qui fera de lui l’égal des héros du passé, en le délivrant du dolor.

La légende de Phèdre a été élaborée par Euripide sur un motif récurrent dans la mythologie grecque, celui de la marâtre amoureuse du fils de son mari et qui, repoussée par lui, l’accuse à tort.

La Phèdre de Sénèque est la tragédie d’un impossible ailleurs. Au prologue, Hippolyte dans son rêve de chasseur sauvage; s’il succédait à son père il ferait de l’Attique un territoire de chasse d’où serait bannie toute civilisation. Phèdre partage son désir de fuite. Elle se travestit en Amazone et lui offre le trône. Hippolyte, terrifié par le pouvoir et le crime qui y mène, s’enfuit. Thésée surgit des Enfers, comme un roi qui revient d’exil, et doit reconquérir son trône. Deux morts le lui rendront.

 

Préface à la traduction de Phèdre, Florence Dupont, éditions de l’imprimerie nationale.