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La billetterie du théâtre sera fermée du 14 juillet au 21 août inclus. La réservation par internet reste ouverte !

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Introduction

« Notre méconnaissance forme un système fermé, rien ne peut la réfuter. A moins que nous nous risquions jusqu’au plus intime de notre méconnaissance, celle de nous-même également, marcher tout simplement, les uns avec les autres, les uns derrière les autres, avec dans l’oreille le bruit des cloisons qui s’écroulent.»

 

Christa Wolf, Médée.

Le Texte

Médée :

Nous sommes perdus

Un chant nuptial a frappé mes oreilles

Moi ! Un malheur pareil

Non ! Je ne peux pas y croire

Jason aurait pu faire cela après m’avoir volé un père, une patrie, un royaume

M’abandonner seule chez les étrangers

M’abandonner sans un geste

Sans égard pour mes crimes

Il m’a vu vaincre les flammes et les flots

Croit-il donc éteint le feu des sortilèges ?

Mon esprit s’égare et m’emporte sans but et sans raison

D’où me viendra la vengeance ?

Si seulement il avait un frère

Il a une femme

C’est à elle qu’il faut m’en prendre

Je l’égorgerai

Suffira-t-elle à ma douleur ?

Sénèque :

Toute l’action est menée par Médée : elle transforme sa répudiation en anti-noces par la puissance magique de ses mots et de ses gestes.

Ainsi réussit-elle à annuler les noces de Jason et de Créüse : la jeune mariée meurt brûlée par sa parure matrimoniale (…), Créon meurt dans l’incendie.

Ensuite elle annule ses propres noces avec Jason : elle égorge les enfants qui les unissaient, et retrouve sa virginité en même temps que sa légitimité de princesse colchidienne en s’envolant sur le char du Soleil, son aïeul.

 

Florence Dupont, traductrice

Pourquoi Médée ? Question à Zakariya Gouram (mise en scène)

Médée n’est pas seulement la magicienne exilée aux pouvoirs multiples, symbole d’une immigration nécessaire puis rejetée. Outre la soif de vengeance, Médée est la femme du désir absolu et passionné, elle est l’amour éternel et sans limite.

Dans la conception latine de l’univers, Médée accède au « monde d’en haut » par son crime. Elle devient « monstre » et s’exclut ainsi du monde des humains. C’est ce thème de la monstruosité qui nous intéresse.

Nous avons voulu remonter aux sources de cette interrogation sur la « naissance du monstre » et déchiffrer le parcours de la Médée furieuse : parcours qui la mène de l’humanité à l’inhumanité.

Quelle limite y a-t-il entre l’humanité et ce que l’homme lui-même a pensé et défini comme « l’inhumanité » ?

Qu’est-ce qui distingue la maîtrise de l’instinct, la normalité de la folie et qui mène, alors, à ce crime aussi paroxystique que symbolique – représentations de tous les autres crimes contre l’humanité – le meurtre de ses enfants ?

Le Travail

« Le rôle du metteur en scène ? Animateur ou metteur en scène ? Aucun de ces deux mots n’est exacte. Ce sont des mots comme tant d’autres en art qui n’ont aucune signification réelle…Vis à vis de l’interprète, l’art du réalisateur est un art de suggestion. Il n’impose pas, il suggère… »

Jean Vilar

 

Le projet Médée est né non seulement de mon désir profond de partager ce mythe avec le public, mais aussi de la rencontre avec l’actrice Marie Payen.

Une rencontre qui a créé la volonté de produire un travail centré sur le texte et sur l’acteur. J’ai compris que l’acteur ne devait pas être là juste pour obéir aux injonctions de la scénographie ou du metteur en scène ; il doit recréer l’espace poétique à chaque représentation tout en étant au service total du texte. Mon travail a été de composer et de diriger une équipe d’acteurs mais aussi de ce que j’ai appelé, en clin d’œil à Vilar, des animateurs, dramaturge, scénographe, clown aussi. Chacun à leur façon, et avec leur matériau propre amenaient ce qui devait permettre aux acteurs de découvrir, comprendre, sentir le texte, mais aussi de pouvoir s’amuser avec ses mots.

Ces animateurs sont : la dramaturge Leila Adham, avec qui les acteurs ont fait un long travail de lecture et de déchiffrage tant du point de vue du sens premier que du contexte historique et de la mythologie du texte.

Le clown Julien Cottereau qui a libéré les acteurs quant aux propositions, à l’improvisation et à l’humour, ce qui nous a permis de construire un rapport définitivement au présent avec le public, la scénographe, Muriel Bétrancourt qui propose un espace et des objets, enfin la pictographe Marzena qui amène, elle, des matières (argile, terre, sang) avec lesquelles les acteurs construisent leur propositions et participent ainsi à l’élaboration du spectacle.

Zakariya Gouram