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La billetterie du théâtre sera fermée du 14 juillet au 21 août inclus. La réservation par internet reste ouverte !

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Notes

Hichem Djemaï :

J’ai voulu observer une situation : les relations entre les gens en fonction d’où ils viennent, du quartier où ils habitent et regarder ensuite l’influence que cette situation peut avoir sur leur manière d’être et de dialoguer avec les autres, sans victimisation, mais non sans dérision.

Ma première expérience d’écriture a été le rap, j’étais en 4ème. L’impression que j’avais, était que des gens, qui se disaient représentatifs du monde culturel, considéraient que ce type d’écriture ne pouvait en aucun cas être considéré comme artistique. Cela a eu l’avantage de m’empêcher d’imiter, ou de me conformer à ce qui ferait « art » quand j’écris.

Mon travail sur la langue est de rendre musicale l’expression, lui donner un rythme en cassant des structures grammaticales qui ferment la parole. Je pars du langage utilisé dans mon quartier et j’essaie de capter l’irrespect pour la langue, pour favoriser la vie de la langue, sans rien figer.

On est toujours à la recherche du mot juste pour dire quelque chose, alors les néologismes, les mots étrangers, des structures plus rapides de phrases, doivent entrer dans mon texte, vivants.

Les gens ici sont toujours en train de faire du nouveau avec le langage. Dans ce langage, je me suis aussi intéressé à la pratique de la surenchère verbale et gestuelle et j’essaie de l’écrire. Le rythme en est renforcé, la tension dramatique et le comique peuvent se mélanger.

 

C’est une Invitation au langage. Un spectacle permettant une authentique et forte transmission de cette parole, de cette langue nouvelle émergeant de nos cités. En tant qu’artiste, je voudrais partager et faire circuler ce langage utilisé par une partie de la population, en extraire son « poiein », et le donner à entendre. Passer ainsi des cités à la cité.

J’ai toujours désiré traiter le thème de l’adolescence au théâtre et rares sont les pièces de théâtre ayant pour seuls protagonistes, des adolescents. C’est la période du jeu de masques alternant tendresse et violence, lucidité, rage et désillusion, curiosité et oisiveté. C’est le moment de la vie où l’on refuse le mensonge tout en le pratiquant : n’est-ce pas la définition même du théâtre ?

 

« La différence que je mets entre l’enfance et l’adolescence, ce sont les motivations, alors pendant que mon esprit bouillonne encore, je déverse ma substance corrosive ».

Elodie Chanut :

Dés les premières scènes que m’a proposées Hichem Djemaï en 2003, j’ai été saisie par cette force de témoignage, cette langue nouvelle et cette puissance d’écriture de l’artiste adolescent, fort et fragile, celui qui ne ment pas et pour qui l’art est un besoin d’expression vital ; celui qu’on a envie de suivre, d’écouter, qui nous fait sourire, car on se retrouve en lui. Celui en face de qui on se doit d’être curieux, solide et sincère, de peur qu’il ne reprenne ses feuilles et s’en retourne, ne nous jugeant pas à la hauteur de ses émotions. Car c’est du sensible, c’est fragile.

 

Ici, on ne parlera pas de la banlieue, ni sur la banlieue, mais depuis la banlieue.

 

À la manière d’Albert Londres, Hichem Djemaï nous offre un témoignage sur l’état du monde. Après avoir entendu ses personnages, on ne pourra plus se dire : Oui, je sais ! En fait on ne sait rien, on s’aperçoit juste qu’il nous faut chercher avec eux. Un pont est tendu entre eux et nous, c’est sur ce pont tendu que j’ai bâti ma mise en scène. Ce langage qui m’amuse et me passionne par sa vivacité, son rythme et sa recherche du mot juste, en sera le médiateur.

Pour répondre à ceux qui utiliseraient une « crise de la banlieue », je citerais la phrase de Pier Paolo Pasolini : « Les problèmes ne se résolvent pas, ils se vivent.» Cette citation aurait pu être le point de départ de ma mise en scène.

Intentions de mises en scène et de scénographie :

Il s’agira, au cours des répétitions, de trouver un nouveau rythme de la parole et du corps. Le travail sur le texte sera le même que pour une pièce en vers. De cette rigueur naîtra la force poétique et la théâtralité de ce langage.

Avec les comédiens, nous passerons donc par un long travail à la table, Il s’agira d’entrer à l’intérieur de ce texte, d’en comprendre chaque articulation, d’en dégager chaque image d’en trouver enfin le rythme si particulier de le « muscler » puis de l’incorporer pour le donner à entendre.

Chorégraphiquement, nous travaillerons vers la souplesse, la disponibilité et la « bestialité » (au sens intuitif), des corps. C’est donc entre rigueur et disponibilité que se bâtira la mise en scène.

Pour la scénographie, nous irons vers l’épure : un banc, un lieu où tout se passe et rien ne demeure.

La lumière, précieuse partenaire de mes mises en scène, sera ici travaillée dans le rythme du texte, avec les comédiens, en lien avec spectateurs et personnages, le son sera un autre acteur important de ce spectacle ; La musique devenant un témoin, un guide entre l’intérieur et l’extérieur de ces personnages, entre le paraître et l’être.