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Note d’intention

La maxime du spectacle pour moi est : «l’habit fait le moine !»

 

Ou comment Sganarelle, malheureux alcoolique va se faire piéger par sa femme qu’il tabasse devant ses enfants en bas âge. Il se retrouvera projeté à grands coups de bâtons dans une riche maison, à devoir faire le médecin. A peine lui a-t-on passé la blouse blanche adéquate, que le regard des autres change.

 

Pour arriver à des scènes inouïes, où un faux médecin tente de soigner une fausse malade, et qui la guérira en lui faisant cracher sa vérité… en la soûlant ! Là aussi chez Lucinde on se retrouve dans une famille en crise, où la mère est absente (peut-être morte ?), et où l’ado tombe littéralement sur son père complètement dépassé par les événements. Et dire qu’il lui voulait du bien ! L’éternel malentendu entre le désir de caser sa fille avec un garçon bien et celui d’une jeune fille qui veut s’affirmer, et se dit amoureuse.

 

Parmi mes références, pour les ambiances, je peux citer pour le premier acte certains films néo-réalistes italiens (jusqu’à Le Pigeon de Monicelli), et certains lazzi directement issus de la commedia dell’arte (quand Martine et Sganarelle «tuent» M. Robert, quand Valère et Lucas rossent Sganarelle à coups de roues de vélo…).

 

Je pense qu’il faut donner à voir et entendre en toile de fond la crudité du drame social un peu glauque que vivent Martine et Sganarelle qui rament dans leur caravane au bord d’une «voie rapide», et toute la violence engendrée par ce gâchis…

Pour les deux actes suivants, je suis dans La Règle du jeu de Renoir : Sganarelle pourrait être le braconnier Marceau joué par Carette, Lucas le garde forestier Schumacher, la bonne sa femme Lisette que joue Paulette Dubost, Marcel Dalio pourrait être un Géronte non convenu et hyper convaincant.

 

Cela m’amuse beaucoup de penser à la pièce à travers ce film de Renoir. Et puis il y a cette sublime scène, pour moi capitale, où Sganarelle raquette le vieux paysan Thibaut : sa femme est en train de mourir, ce médecin Sganarelle est son dernier espoir : après avoir rançonné de tout son argent, il donnera comme remède au vieux et à son fils qui l’accompagnait un morceau de «fromage», un reste de croûte de tomme restant sur la table désormais achalandée du faux médecin.

 

Il n’y a pas de morale. Il n’y a pas de pitié. Il n’y a pas de compassion. A travers les ruses dont Sganarelle usera pour profiter un maximum du système, Molière ne perd jamais de vue le fond de l’histoire : une certaine douleur, morale et physique, la maladie, la mort, et finalement il décrit une microsociété qui ne repose que sur l’inégalité, et sur cette règle : écrase, écrabouille l’autre pour t’en sortir toi-même.

 

Je pense qu’on rit beaucoup, mais je veux trouver ce ton en demi-teinte, où le grinçant n’est jamais loin, et où l’humour (plutôt que le grotesque) devient un moyen de survie, l’arme des faibles.

 

Jean Liermier