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La billetterie du théâtre sera exceptionnellement fermée les samedis 8 et 15 avril 2017. La réservation par internet reste ouverte !

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Extrait

Giovanni, rentrant chez lui, croise Margherita avec un « ventre énorme » : sur l’ordre d’Antonia, elle a caché sous son manteau des provisions volées. Elle sort.

 

GIOVANNI – Mais qu’est-ce qu’elle a, Margherita ?

ANTONIA – Pourquoi, elle devrait avoir quelque chose ?

GIOVANNI – Mais… elle est toute gonflée par devant : un ventre énorme !

ANTONIA – C’est la première fois que tu vois une femme mariée avec un ventre énorme ?

GIOVANNI – Tu veux dire qu’elle est enceinte ?

ANTONIA – C’est la moindre des choses qui puissent arriver quand on fait l’amour.

GIOVANNI – Mais à quel mois en est-elle ? Je l’ai vue dimanche dernier, je n’ai rien remarqué.

ANTONIA – Tu n’as jamais rien compris aux femmes. Depuis dimanche, ça fait déjà une semaine. Et en une semaine, il peut s’en passer des choses !

GIOVANNI – Ecoute, je suis idiot, mais pas à ce point. Nous travaillons à la même chaîne de montage, Luigi et moi, il me raconte toujours tout ce qui se passe entre sa femme et lui. Et il ne m’a pas dit qu’elle attendait un enfant.

ANTONIA – (ne sachant pas comment s’en sortir.) Ce sont des choses qui… dont… on est gêné d’en parler en public.

GIOVANNI – Gêné ? Mais tu es stupide ? Gêné de dire que sa femme attend un enfant ? Il en aurait honte ? « Sainte Vierge, j’ai mis ma femme enceinte ! »

ANTONIA – (cherchant ses mots.) Il ne te l’a pas dit peut-être… parce qu’il ne le sait pas encore. (Giovanni la regarde ahuri et elle continue imperturbable.) Et si lui ne le sait pas, comment veux-tu qu’il te le raconte ?

GIOVANNI – Il ne le sait pas ?

ANTONIA – Eh oui, elle n’a peut-être pas voulu le lui dire.

GIOVANNI – Comment pas voulu ?

ANTONIA – Eh oui… elle est très réservée… et aussi parce que Luigi… lui répète tous les jours que c’est trop tôt… que ce n’est pas le moment… avec la crise… que si elle est enceinte, son usine la licenciera… Tant et si bien qu’il l’oblige à prendre la pilule.

GIOVANNI – S’il l’oblige à prendre la pilule, comment se fait-il qu’elle soit enceinte ?

ANTONIA – La pilule n’a pas dû agir. Ça arrive.

GIOVANNI – Alors pourquoi l’a-t-elle caché à son mari ? Ce n’est pas de sa faute.

ANTONIA – Eh bien, c’est que… la pilule n’a pas agi… peut-être… parce qu’elle ne la prenait pas, la pilule. Et quand on ne prend pas la pilule… (ne sachant plus quoi dire.)… souvent, elle n’agit pas, la pilule.

GIOVANNI – Qu’est-ce que tu racontes ?

ANTONIA – (très nerveuse) Margherita est très catholique… et comme le pape a dit que la pilule était un péché mortel…

GIOVANNI – Dis-moi, tu divagues ? La pilule qui n’agit pas quand on ne la prend pas… Le pape !… Elle avec un ventre de neuf mois et un mari qui ne s’aperçoit de rien !

ANTONIA – (de plus en plus en difficulté.) Luigi ne pouvait pas s’en apercevoir, parce que Margherita… s’emmaillotait.

 

Faut pas payer !, Dario Fo, Premier Temps

A propos de Faut pas payer !

Une nouvelle version du texte

La première version de Non si paga ! Non si paga ! date de 1974, née, comme souvent dans le théâtre de Dario Fo, de la retranscription d’enregistrements. C’est elle que publie « Dramaturgie » dans une traduction de Valeria Tasca et Toni Cecchinato et que met en scène Jacques Echantillon en 1980 au CDN de Montpellier-Languedoc-Roussillon. Mais il s’agit là du premier état du texte. Dario Fo, après cette date, ne cesse de reprendre la pièce. Ces différentes versions, enregistrées, puis synthétisées, ont conduit à l’élaboration d’un autre texte, publié par « Einaudi ». Nous nous sommes rapprochés de cette « version définitive », revue par Valeria Tasca, tout en décidant de resserrer parfois le texte pour le rendre encore plus percutant.

Une farce des temps modernes

C’est la seule de ses œuvres que Dario Fo a intitulé « farce ». A la violence sociale – délocalisation des usines, chômage, faim, perte de logement – il veut répondre par un éclat de rire libérateur. Il fait front et nous demande de ne pas baisser la tête, de ne pas plier devant ce réel, qu’il tord devant nous, chauffe à blanc, pousse à bout. Violence et vitalité vont ici de pair.

 

Pierre Baux, Stéphane Facco, Agathe Molière, Dominique Parent, Marie-Christine Orry, comédiens si talentueux et généreux que j’ai réunis pour cette « comédie italienne », sauront trouver les voies d’un jeu ouvert sur le public, excessif et léger, aussi poétique que le récit du fabulateur.

 

La musique, composée par Georges Baux et Malik Richeux, interprétée par Fabrice Dang Van Nhan, guitariste, Laurent Guitton, tubiste, et Malik Richeux lui-même, au violon, soulignera les différentes séquences du récit. Ce trio à cordes et à vent se trouvera, dans un premier temps, dans la fosse, à la manière des orchestres de music-hall ou de varietà. Mais, dans le deuxième acte, il montera sur scène et rejoindra la fiction, en s’intégrant à l’action.

Scénographie et costumes

Nous chercherons avec le décorateur Pierre Heydorff à rester dans ce récit fragmenté en séquences. L’appartement modeste d’Antonia et de Giovanni ne sera pas d’une « seule pièce » ni d’un « seul tenant » : par un jeu de panneaux coulissants, il pourra faire apparaître différents lieux. Et s’ouvrira sur le proscenium, pour que les acteurs puissent le plus possible jouer avec les spectateurs – et pas seulement pour eux.

 

Les accessoires et les costumes, réalisés par Nathalie Prats-Berling, situeront quant à eux l’action dans les « années de plomb », années 70-80, sans chercher d’aucune manière à « actualiser » l’œuvre. Car celle-ci est malheureusement trop actuelle.

 

Jacques Nichet, Janvier 2005