Vous êtes ici:
Accueil » Saison 2005-2006 » Richard III » En savoir plus

Attention nouveaux horaires : les intégrales de Notre Faust, saison 2, du 29 mars au 1er avril, auront lieu à 19h !

En savoir plus

Margaret Jones Davies, dramaturge

Richard III ou la violation des sanctuaires.

 

Richard, d’abord, fut un soleil. L’un de ces trois soleils qui apparurent dans le ciel après la bataille de Wakefield, lorsque furent sauvagement tués par la reine Lancastre, son père, Richard Plantagenet, le duc d’York et son frère Rutland. Dans la troisième partie de Henry VI (1591), Shakespeare raconte le début de l’histoire de celui qui deviendra Richard III. On est en 1460. La guerre des Deux Roses a commencé depuis cinq ans déjà. La bataille de Wakefield sera la victoire de la reine Margaret d’Anjou, femme du roi Lancastre Henry VI. Mais les trois soleils, les trois fils de York, Edward, George, Richard, sont liés dans la vengeance.

 

Onze ans après, en 1471, à la bataille de Tewkesbury, les trois frères tuèrent en représailles du meurtre du père, Edward, le fils de Margaret et d’Henry VI. Puis, Richard entra seul dans la tour de Londres pour assassiner le roi Henry prisonnier. Les soleils s’éteignent. Les dernières paroles du roi Henry font de Richard, duc de Gloucester un monstre, né avec des dents pour mieux mordre le monde, un être physiquement difforme comme si la nature n’avait pas achevé son œuvre. Henry fait de ce corps maudit un signe diabolique du mal. Pour les Lancastres, Richard est un cacodémon, esprit mauvais qui hante l’Angleterre…

 

Lire ou télécharger l’article

Philippe Calvario à propos de Richard III

« Quoi, vous tremblez ? Vous avez tous peur ?

Hélas, je ne vous blâme pas, car vous êtes mortel

et des yeux mortels, ne peuvent endurer la vue du diable. »

(Lady Anne I,2)

 

«Shakespeare est semblable au monde, ou à la vie même. Chaque époque y trouve ce qu’elle cherche ou ce qu’elle veut y voir. Le spectateur du 20e siècle déchiffre Richard III à l’aide de son expérience propre. Et il peut ni le lire, ni le voir autrement. Et c’est pourquoi l’atrocité Shakespearienne ne l’effraye pas, ou plutôt ne l’étonne pas. Il suit la lutte pour le pouvoir et la façon dont les héros de la tragédie s’entretuent. Il ne considère pas que la mort effroyable de la plupart des personnages soit une nécessité esthétique, ni une règle obligatoire en tragédie, ni même un trait spécifique du génie inquiétant de Shakespeare. Il est plutôt enclin à considérer la mort atroce des principaux héros comme une nécessité historique, ou comme une chose tout à fait naturelle »

 

Jan KOTT, Shakespeare notre contemporain, Payot, Paris, 1978

 

«C’est donc bien cette chose naturelle due au rapport historique et lointain de ces atrocités humaines qui laisse place à une fantastique liberté pour le metteur en scène et les comédiens. A la différence de Roberto Zucco dont je me suis emparé précédemment, la barbarie et la sauvagerie de Richard III sont dictées par une soif intarissable de pouvoir. Cette quête farouche fascine des générations entières et fait de cette pièce l’œuvre la plus jouée au monde (devant Hamlet). Chacune des tragédies historiques (dont Richard III) commence par la lutte pour conquérir ou renforcer le trône ; toutes s’achèvent par la mort du monarque et un nouveau couronnement.

 

Chacun des spectateurs a envie d’assister à cette ascension suivie irrémédiablement de cette chute ; depuis la tragédie Antique, il a besoin de voir représenter les zones les plus primaires de l’être humain, ces zones où l’homme n’a aucune limite pour parvenir à ses fins. Chez Shakespeare, il n’y a pas de dieux. Il n’y a que des souverains, dont chacun tour à tour est bourreau et victime, et des hommes qui ont peur.

Le spectateur vient voir LE MAL incarné sur un plateau, il cherche même inconsciemment voire consciemment à être séduit par lui, comme Lady Anne sera séduite par cet homme qui a tué son mari et son beau-père. La distance historique rend tolérable cette fascination du mal.

 

Cette même distance historique permet au metteur en scène que je suis de laisser libre cours à ses fantasmes d’ordre esthétiques d’une part et barbares d’autre part. C’est de cet «Esthétisme Barbare» que je veux m’emparer avec violence et gourmandise.»

Scénographie de Richard III

« La scénographie de ce Richard III est née de deux recherches :

 

– D’une part, en écho au monde des samouraïs, créer un espace inspiré du Japon ancien, autant dans le dessin de la scène ou des shoji lumineux que dans le choix des matériaux, simples, bruts et beaux.

 

– D’autre part, accompagner la descente aux enfers de Richard par une destruction visible de son univers : à la pierre verte polie, lisse et impeccable, succèdent ainsi le béton brut, taché, les pierres usées de la Tour puis la terre, de plus en plus présente, bouleversée par les combats dont elle gardera l’intensité imprimée.

 

Avec tous ces éléments, nous avons inventé un langage complexe, changeant, d’une grande richesse de combinaisons mais simple de manipulations afin de répondre le plus sobrement possible à la multiplicité des lieux évoqués. L’espace de jeu et les matériaux qui le composent expriment une part intime de l’âme des personnages, non verbale, intuitive, qui se doit d’accompagner de façon sensorielle la richesse de leur langage et la violence de leurs émotions. »

 

Karin Serres