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Brochure 17-18 en ligne ! Venez faire la fête le samedi 17 juin…

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Bruno Boëglin à propos des Bonnes

Tous les degrés de la ségrégation ayant déjà été atteints, dans l’histoire des réclusions, les cellules d’isolement placées dans des lieux incommodes ou difficiles d’accès ne manquent pas. Nous sommes spectateurs de l’une d’entre elles.

Sans préambule, l’histoire commence par deux sœurs qui se disent « bonnes », se prénomment Claire et Solange et qui s’amusent à un drôle de jeu, comme jouent les enfants « au papa et à la maman » à tour de rôle. Sauf que dans leur jeu elles font intervenir une troisième personne absente, qu’elles nomment « Madame » et qu’elles adorent interpréter. Jeux de rôles apparemment sans conséquences s’il ne se transformait pas en rituel. Car sans guide, la conduite d’un rituel devient irresponsable, portée à tous les dérèglements (*) et parfois à la mort. Dans ce lieu d’une blancheur éblouissante les objets ne répondent plus et rien n’est à sa place. Un cheveu de Claire ou de Solange peut être découvert par Madame sur une robe de Madame empruntée. Le jeu est dangereux. Les bonnes laissent une foule de traces qu’elle ne pourront jamais effacer et que Madame pourrait déchiffrer en posant le bout de son pied rose dessus. Claire qui joue Madame protège son cou. Elle a peur : Solange commence à l’étrangler. Heureusement le téléphone sonne. Tout peut parler. Tout peut les accuser : les rideaux marqués par leurs épaules, les miroirs par leurs visages. Même la lumière qui a l’habitude de leur folie peut tout avouer. Et les parfums des glaïeuls, des oeillets, des roses et du mimosa mélangés à l’odeur du « rot de l’évier » de la cuisine n’y pourront rien.

 

B. Boëglin, Mars 2004

 

* Cf. « Sa Majesté des Mouches » de W. Golding

 

P.S. Je ne voulais plus monter des choses que j’aurais écrites. Aussi j’ai accueilli avec d’autant plus de joie la commande d’une mise en scène d’un texte que je n’avais ni écrit, ni même choisi. Merci à Philippe Faure de m’avoir dicté ce choix. Je retrouve ainsi la plus grande et la plus belle des libertés.