Vous êtes ici:
Accueil » Saison 2004-2005 » Italienne, scène et orchestre » En savoir plus

La billetterie est ouverte !

En savoir plus

A propos d’Italienne scène et orchestre

Italienne avec Orchestre a été créée au Cargo de Grenoble en janvier 1996.

La pièce découpée en neuf tableaux met en scène quatre figures emblématiques du monde de l’opéra : une diva, une jeune chanteuse, un metteur en scène, un chef d’orchestre dans une série de répétitions de La Traviata de Verdi.

La particularité du spectacle tient à la place réservée au public : celle de l’orchestre. Chaque spectateur, considéré, non pas comme un spectateur mais comme un partenaire, est assis à un pupitre dans la fosse, plongé au cœur même des questions soulevées dans un travail de répétitions musicales, au cœur de la guerre entre la fosse et le plateau.

La représentation au théâtre ou au cinéma du travail de création (que ce soit les artisans du Songe d’une nuit d’été, Karajan et Picasso filmés par Clouzot ou les leçons de Jouvet au Conservatoire) est toujours l’occasion de mettre en lumière la naissance de la pensée poétique, de l’acte poétique, et les efforts désespérés de l’artiste pour mettre en forme l’informel et mettre des mots sur l’innommable. Pour l’acteur, le chorégraphe, le pédagogue, le musicien, ces mots-là sont toujours les mêmes. C’est avec ces mots-là que devrait s’inscrire Italienne avec Orchestre.

 

Le désir d’une deuxième partie est né de celui de reprendre le spectacle. De reconsidérer le texte non pas comme un matériau définitif mais comme une partition libre, ouverte, écrite pour les acteurs avant les répétitions, mais susceptible d’être modifiée avec eux pendant le travail. Il s’agirait, sans détruire la légèreté du spectacle, d’en élargir le sens, d’en approfondir les figures, d’en complexifier les lignes en explorant la question toujours centrale de la place du spectateur, de la nature de l’échange entre ceux qui regardent et ceux qui sont regardés, de la notion de point de vue, de la limite à partir de laquelle on peut commencer à se sentir acteur d’un spectacle dont on est d’abord que spectateur.

 

Dans cette deuxième partie (qui sera en fait jouée avant l’autre sur le plateau, le public installé sur un gradin faisant face à la salle vide et se retrouvant à nouveau acteur/spectateur de la représentation puisqu’il y jouera le rôle du chœur), le chef d’orchestre et le metteur en scène de La Traviata ont décidé de placer le chœur au fond du plateau pendant l’acte III. Ils ont cinq services de répétition avant l’arrivée de l’orchestre et de la diva pour tester la faisabilité de l’idée. Trois nouveaux personnages : la pianiste, l’assistante et le ténor.

Il s’agira de mettre en parallèle la position du choriste et celle du spectateur. La frustation et le confort de l’anonymat. D’essayer de poser certaines questions sans avoir obligatoirement à y répondre : Qu’est-ce que veut dire “être à la fois seul et dans un ensemble ” ? A qui est-ce que je parle quand je parle au chœur ? A qui est-ce que je m’adresse quand je m’adresse au public ? Qu’est-ce que veut dire “écouter, regarder ensemble” ? Qu’est-ce que le point de vue du public ? A partir de quand le spectateur a-t-il l’impression d’être regardé ? Qu’est-ce que veut dire “ce spectacle me regarde” ?

 

Tout ça conduisant plus ou moins à une question plus violente qui devrait pouvoir se poser plus ou moins clairement dans la tête du spectateur : Comment un “appareil culturel” aussi puissant, aussi riche que celui de l’opéra peut-il être à ce point apolitique, coupé du monde ?

 

Nous nous amuserons à penser que nous ne sommes pas en train de jouer Italienne avec Orchestre devant des spectateurs, mais de répéter avec eux La Traviata de Verdi, de redécouvrir timidement les pages blanches d’un plateau le temps clandestin de la répétition, la liberté, le manque de temps, le bonheur de ne plus rien savoir, de réinventer du language, de travailler à la construction laborieuse d’un rêve commun dans un généreux et bordélique laboratoire d’humanités.

 

La nouvelle version, composée des deux parties, s’appellera Italienne Scène et Orchestre.

 

Jean-François Sivadier, Septembre 2003